
Par Reghai Yasmina
Il y avait des larmes dans les salons marocains, des silences inhabituels dans les cafés, des regards perdus devant des écrans soudain devenus trop lumineux pour nos cœurs un peu assombris.
La défaite face à la France, en quart de finale de cette Coupe du monde 2026, avait le goût amer des rêves interrompus juste avant l’aube.
Alors, comme toujours lorsque la douleur collective cherche une explication, le Maroc s’est transformé en immense salle d’enquête nationale.
Les arbitres? Coupables. La tactique ? Coupable. Le sélectionneur? Évidemment coupable….
Et puis sont arrivées les théories parallèles, celles qui font le charme si particulier de nos lendemains sportifs: le mauvais œil venu de quelque part entre deux continents, les cartes de tarot qui avaient pourtant annoncé une victoire éclatante, les voyantes privées soudainement discrètes, les captures d’écran d’anciens dessins animés prétendument prophétiques et même quelques calculs astrologiques réalisés avec le sérieux d’un laboratoire de la NASA. Le football marocain venait peut-être d’inventer la VAR ésotérique.
Pendant ce temps-là, une vérité beaucoup plus simple attendait patiemment qu’on lui accorde quelques minutes d’attention.
Le Maroc est aujourd’hui une grande nation de football.
Une nation qui ne demande plus une invitation à la table des grands mais qui y possède désormais sa chaise.
Nous avons regardé les plus puissants droit dans les yeux.
Nous avons cessé depuis longtemps d’être l’histoire sympathique qu’on applaudit avant de l’oublier.
Nous sommes devenus un adversaire que l’on respecte, que l’on étudie, parfois même que l’on craint.
Et pendant que certains cherchaient encore des coupables, le football mondial rappelait sa plus vieille règle : même les géants tombent.
Le Portugal de Cristiano Ronaldo a quitté la compétition.
Le Brésil, berceau du football, est lui aussi rentré à la maison avec ses rêves dans les valises.
Le football possède cette élégance cruelle : il ne garantit rien à personne, pas même aux légendes.
Alors pourquoi exiger du Maroc ce que le sport refuse même aux empires du ballon rond ?
Notre drapeau flotte aujourd’hui parmi les plus grands. Voilà le véritable résultat.
Le reste n’est que statistique, frustration passagère et analyses de comptoir servies avec le troisième café de la soirée.
Oui, nous avions le droit d’espérer davantage.
Oui, nous avions le droit de pleurer.
Les peuples qui n’espèrent plus ne pleurent plus non plus. Mais nous n’avons pas le droit d’oublier le chemin parcouru.
Il écrit une place dans l’histoire.
Et si le destin, le sort, les étoiles, les cartes ou les scénaristes des dessins animés des années 90 en ont décidé autrement cette fois-ci, il faudra simplement leur rappeler une chose :
le Maroc revient toujours. Avec ses rêves un peu cabossés parfois. Avec ses supporters qui souffrent autant qu’ils aiment.
Avec cette étrange capacité à transformer les blessures en rendez-vous avec l’histoire.
Le destin a choisi son camp ce soir-là.Très bien.
Nous choisirons le nôtre demain matin. Et il sera encore rouge.
Et vert. Comme toujours.
Votre chroniqueuse qui continue de voir le rêve en rouge et vert.




