
Par Reghai Yasmina
Il y a au Maroc des femmes qui ne crient pas.
Elles ne cassent rien, ne s’exhibent pas, ne réclament pas.
Elles tiennent.
Et c’est peut-être là leur plus grande révolution.
Elles tiennent un foyer comme on tient une digue fissurée : sans bruit, sans applaudissements, avec une fatigue que personne ne voit. Elles se lèvent chaque matin avec la dignité pour armure et le silence pour compagnon. Elles avancent, tête haute, même quand le cœur ploie.
Ces femmes-là ont appris très tôt que le courage ne se mesure pas à ce qu’on dit, mais à ce qu’on encaisse. Elles savent faire avec les non-dits, les regards absents, les conversations qui n’ont plus lieu. Elles savent composer avec l’indifférence d’un conjoint devenu étranger, avec une présence physique et une absence émotionnelle. Elles savent surtout se taire… parce que parler coûterait trop cher.
Il y a des silences qui pèsent plus lourd que les cris.
Des tabous transmis de génération en génération, comme une dette morale : “Tiens bon”, “Pense aux enfants”, “Ce n’est pas si grave”. Alors elles s’oublient un peu, parfois beaucoup, pour préserver une stabilité fragile mais vitale. Elles sacrifient leurs élans, leurs colères, leurs rêves, au nom d’un foyer à maintenir debout.
On les appelle fortes.
Mais on oublie souvent de dire à quel prix.
Ces femmes ne demandent ni médailles ni pitié. Elles demandent juste qu’on reconnaisse que leur courage est réel, quotidien, usant. Qu’il n’est pas faiblesse de rester, ni trahison de soi de protéger ses enfants avant tout. Elles avancent sur un fil, entre dignité et renoncement, avec une élégance silencieuse qui force le respect.
À ces femmes marocaines qui encaissent sans se plaindre, qui maintiennent l’équilibre quand tout menace de s’effondrer, il faut le dire clairement : vous n’êtes ni invisibles ni insignifiantes. Votre force n’est pas banale. Elle est immense. Et elle mérite d’être nommée.
Elles n’ont pas besoin de manchettes ni de discours officiels. Leur révolution, elle se cache dans un sourire qui refuse la soumission, un geste qui déjoue la routine, un mot qui dérange le silence attendu. Et c’est exactement ce courage-là que la société préfère ignorer.
Parce qu’il y a des héroïnes qui ne portent pas d’armure.
Elles portent un foyer.

Votre chroniqueuse,
celle qui écoute les silences et refuse de les mépriser.




