
Par Yasmina Reghai
Dans l’imaginaire marocain, la femme occupe une place paradoxale: elle est à la fois pilier et énigme, trésor culturel et terrain de surveillance. On la cite dans les discours publics, on la célèbre dans les journées internationales, on la politise dans les programmes gouvernementaux ,mais dans la pratique, elle reste souvent un sujet sous condition, un capital symbolique soumis à validation collective.
La femme marocaine, dit-on, est sacrée. La mère est comparée au paradis, la sœur est protégée, l’épouse est honorée. La rhétorique est riche, rassurante, presque poétique. Elle offre une identité de façade où la femme est un patrimoine national immatériel : noble, pure, indispensable.
Mais derrière cette sacralisation se cache parfois une mécanique plus subtile : celle du contrôle. Car la femme, dès qu’elle revendique autonomie, mobilité ou choix personnels, quitte le territoire du sacré pour entrer dans celui du soupçon.
Une femme qui décide seule intrigue.Une femme qui réussit dérange. Une femme qui ne demande pas la permission inquiète.
Alors, on ne l’accuse pas frontalement , ce serait trop brutal, trop assumé. On préfère les remarques voilées, le conseil paternaliste, le regard évaluateur, la fameuse phrase caméléon : “C’est juste qu’on veut ton bien.”
Pourtant, une génération émerge instruite, autonome, connectée et qui refuse d’être monumentalisée quand cela arrange, puis suspectée dès qu’elle s’affirme. Une génération qui ne cherche ni permission ni confrontation, seulement cohérence.
Parce qu’au fond, la vraie question n’est plus : “Quelle place accorde-t-on à la femme marocaine ?”
Mais plutôt : “Quand acceptera-t-on qu’elle définisse la sienne sans être surveillée, ni sacralisée, ni soupçonnée ?”
Par Yasmina votre chroniqueuse, toujours entre respect poli et silence ironique.




