
Par Reghai Yasmina
Ah, le Maroc… ce pays où l’on devient soudainement “moins parent” à la retraite.
Il y a des moments dans la vie où l’on bascule doucement d’un statut à un autre. Actif, puis retraité. Utile, puis… apparemment moins utile. Mais ce que personne ne vous dit, c’est qu’au Maroc, ce passage s’accompagne parfois d’un phénomène presque magique : vos enfants cessent, administrativement parlant, d’exister.
Pas tous, non. Juste ceux qui ont dépassé 21 ans.
Même s’ils sont encore étudiants.
Même s’ils vivent encore à la maison.
Même si leurs frais explosent à mesure que leur avenir se construit.
Car voyez-vous, une règle bien ancrée décide que passé cet âge, et surtout une fois à la retraite, l’allocation familiale disparaît. Comme ça. Sans débat. Sans nuance. Sans même un regard pour les justificatifs fournis avec sérieux par des parents devenus soudain suspects.
Un cadre supérieur du public, fraîchement retraité, voit ses revenus diminuer. Normal. Prévisible. Mais ses charges, elles, ne prennent pas leur retraite. Elles restent, bien installées : frais de scolarité, logement, transport, parfois même soutien moral et financier prolongé dans un contexte économique qui n’a rien d’un long fleuve tranquille.
On pourrait croire que la logique voudrait accompagner cette transition.
Qu’on comprenne qu’un enfant de 22, 23 ou 24 ans, étudiant, n’est pas subitement autonome parce qu’un chiffre a changé.
Qu’on reconnaisse que la solidarité familiale ne s’arrête pas à une date administrative.
Mais non. Le système, lui, fonctionne à l’horloge. Froide. Rigide. Presque indifférente.
Alors le parent retraité devient une équation étrange :
moins de revenus + mêmes responsabilités = débrouille-toi.
Et c’est là que le bât blesse.
Car derrière ces décisions, il y a des trajectoires. Des jeunes qui tentent de finir leurs études dignement. Des parents qui continuent de se battre, souvent en silence. Et cette impression persistante qu’on a oublié une chose essentielle : la vie ne se découpe pas en tranches administratives.
Ce n’est pas une question de privilège.
C’est une question de cohérence.
On ne peut pas, d’un côté, encourager la poursuite des études, et de l’autre, retirer les moyens de les soutenir dès qu’un parent franchit le seuil de la retraite.
Alors oui, peut-être qu’il est temps de poser la question autrement :
à quoi sert une allocation familiale, si elle disparaît précisément quand elle devient la plus nécessaire ?
Parce qu’au fond, le vrai paradoxe est là.
Ce n’est pas l’enfant qui coûte plus cher.
C’est le système qui devient, lui, de moins en moins juste.
Et ça, franchement… ça mérite mieux qu’un simple formulaire refusé.




