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Mai 2026 : Le Maroc qui compte ses dirhams… et ses silences

Par REGHAI Yasmina

Au Maroc, en mai 2026, il y a deux catégories de personnes.
Celles qui regardent les chiffres à la télévision.
Et celles qui regardent les prix au marché.

Les premières parlent de croissance, de milliards mobilisés, de réformes structurelles et de dialogue social. Les secondes parlent de tomates, d’huile, de loyer et de ce fameux “on verra le mois prochain” devenu une philosophie nationale.

Dans les cafés, on ne débat plus du football uniquement. On compare désormais les prix du poisson comme on comparait autrefois les scores du Raja et du Wydad. Le citoyen marocain est devenu analyste économique malgré lui. Il connaît le prix du carburant avec une précision qui ferait rougir certains experts.

Et pourtant… le Maroc avance.

C’est bien là toute la contradiction marocaine.
Un pays qui construit, qui modernise, qui prépare l’avenir, mais où une grande partie de ses citoyens peine encore à terminer le présent.

Le dialogue social occupe l’actualité. Les syndicats réclament des augmentations de salaires, la protection du pouvoir d’achat et des retraites plus dignes. Le gouvernement, lui, parle d’efforts budgétaires massifs et d’équilibres à préserver.

Mais entre les discours officiels et le panier de la ménagère, il existe parfois un long couloir… sans climatisation.

Yasmina Reghai
Yasmina Reghai
Le plus fascinant chez le Marocain reste cette capacité presque surnaturelle à continuer.
À rire.
À inviter pour un thé alors que le frigo négocie déjà sa démission.
À dire “hamdoullah” avec élégance même quand la facture d’électricité arrive comme une convocation judiciaire.

Dans les taxis, dans les administrations, dans les salles d’attente, un même mot revient : la vie est devenue chère.
Pas seulement matériellement.
Psychologiquement aussi.

Même les rêves coûtent plus cher aujourd’hui.

Envoyer son enfant étudier.
Construire une maison.
Prendre des vacances.
Vieillir sereinement.

Tout semble désormais payable en plusieurs fois.

Et au milieu de cette fatigue collective, les réseaux sociaux jouent leur rôle habituel : maquiller la réalité avec des filtres. Pendant qu’une partie du pays calcule ses dépenses au centime près, une autre exhibe brunchs, voyages et vies “parfaites” filmées en vertical. Le Maroc numérique sourit beaucoup. Le Maroc réel dort mal.

Mais il faut aussi le dire : le Maroc n’est pas un pays qui s’effondre. C’est un pays qui résiste.
Et parfois, résister est déjà un exploit.

Ce peuple possède une force rare : celle de transformer les crises en conversations, les difficultés en humour et les injustices en phrases assassines prononcées autour d’un café noir.

Le Marocain n’a peut-être pas toujours confiance dans les promesses.
Mais il garde encore foi dans demain.
Et c’est probablement ce qui tient ce pays debout.

Parce qu’au fond, le vrai miracle marocain n’est ni économique ni politique.

C’est cette incroyable capacité du citoyen à survivre avec dignité… dans un pays où tout augmente, sauf les nerfs.

Chroniqueuse des silences marocains et des vérités qu’on murmure autour d’un thé.

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