OpinionSociété

Quand la pluie revient, le pays respire

Par Reghai Yasmina

Elle est arrivée sans fracas, presque timidement. Pas comme une victoire, plutôt comme une excuse murmurée par le ciel.

La pluie. Celle qu’on n’osait plus attendre, après des années de sécheresse devenues la norme, après des bulletins météorologiques qui ressemblaient à des avis de décès agricoles.

Au Maroc, la pluie n’est jamais un simple phénomène climatique. Elle est une mémoire collective. Une promesse. Une prière exaucée. Quand elle tombe, ce ne sont pas seulement les barrages qui se remplissent : ce sont les regards qui se détendent, les conversations qui changent de ton, les cafés qui recommencent à parler de lendemains.

Pendant trop longtemps, la sécheresse a façonné nos habitudes comme une résignation silencieuse. On a appris à économiser l’eau, à compter les saisons, à accepter que la terre craque pendant que les discours, eux, coulaient à flot. La sécheresse a révélé nos fragilités : dépendance agricole, inégalités territoriales, gestion hésitante des ressources. Elle a surtout mis à nu une vérité inconfortable : on s’était habitués à vivre en apnée.

Et puis la pluie est revenue.
Pas pour effacer les erreurs, ni réparer d’un coup les fissures structurelles. Mais pour rappeler une chose essentielle : la nature, parfois, nous accorde un sursis.

Ce sursis n’est pas une absolution. C’est une responsabilité. Car célébrer la pluie sans repenser notre rapport à l’eau serait une indécence moderne. Continuer comme avant, irriguer comme avant, consommer comme avant, serait trahir ce moment rare où le ciel nous tend la main.

Yasmina Reghai
La pluie ne nous dit pas « tout est réglé ». Elle nous dit « à vous de jouer ».
Dans les campagnes, les sols boivent lentement, comme s’ils se souvenaient. Dans les villes, l’eau ruisselle sur des infrastructures pas toujours prêtes à l’accueillir. Entre gratitude et impréparation, le Maroc se retrouve face à lui-même : capable du meilleur quand l’urgence frappe, mais souvent amnésique quand le danger s’éloigne.

La fin de la sécheresse si tant est qu’on puisse parler de fin , ne doit pas être un retour à l’insouciance, mais une entrée dans la maturité. Celle d’un pays qui comprend que l’eau est politique, sociale, stratégique. Et profondément morale.

Quand il pleut, le pays respire.
Reste à savoir si, une fois le souffle repris, nous saurons enfin apprendre à respirer juste.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page