
Par Yasmina Reghai
À l’approche de la COP30, la place financière de Casablanca remet son plus beau costume vert. Les discours s’enchaînent, les panels s’illuminent, et les promesses s’accumulent. Sur le papier, tout y est : « finance durable », « obligations vertes », « transition énergétique »… Un lexique parfaitement calibré pour séduire les bailleurs internationaux et flatter la conscience écologique collective. Mais derrière les mots bien polis, une question s’impose : Casablanca Finance City est-elle réellement un moteur africain de la finance verte ou juste un suiveur habile au storytelling bien ficelé ?
Depuis quelques années, le Maroc multiplie les annonces. Les green bonds se succèdent, les stratégies nationales fleurissent, et l’on vante à tour de bras Noor Ouarzazate ou les projets d’hydrogène vert comme vitrines d’un engagement durable. Pourtant, la finance verte marocaine reste encore concentrée dans un entre-soi institutionnel, loin du terrain. Les PME, véritables leviers de transition, peinent à accéder à ces fonds censés « verdir » l’économie. Résultat : l’écosystème reste déséquilibré, avec une élite financière qui parle climat dans les conférences, pendant que les petites structures cherchent toujours à comprendre comment remplir un dossier d’obligation verte sans traducteur.
La finance verte, si elle veut être plus qu’un badge de respectabilité, devra quitter les PowerPoints pour irriguer les territoires. Tant qu’elle restera une affaire de panels et de signatures à Rabat ou Casablanca, elle demeurera une belle idée en quête de racines.
Votre chroniqueuse qui croit qu’une économie ne devient verte que lorsqu’elle pousse aussi dans les champs.




