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On applaudit le succès, on soupçonne le chemin

Par Reghai Yasmina

Au Maroc, réussir, c’est un art, mais pas trop visible.
Si tu arrives trop vite, trop haut, trop fort, on applaudit puis on te regarde du coin de l’œil.
« Machallah, oui, mais… comment ? ». Le “mais” est lourd. Il pèse plus que les félicitations.

Le chemin, lui, dérange. Les nuits blanches, les choix risqués, les sacrifices invisibles ? Silence.
On préfère les raccourcis : le piston, le “coup de chance”, la famille influente. Comme si la sueur et la persévérance étaient des crimes.

Ici, la réussite dérange parce qu’elle rappelle ce qu’on n’a pas osé faire. Elle questionne la sécurité du confort, les compromis familiaux, les routes détournées pour ne pas “faire honte”. Parce que réussir, au Maroc, c’est souvent marcher sur un fil : tu dois briller… mais pas trop. Exister… mais rester dans la norme.

Et pourtant, il y a tant de courage dans le silence. Des parcours qui ne font pas la une, des victoires modestes, des efforts quotidiens qu’on applaudirait si seulement on levait le regard de nos jugements.

Alors oui, on applaudit le succès.
Mais le chemin ? On le soupçonne.
On le critique. On le commente dans le café, dans la famille, dans la rue.
Parce qu’admettre que quelqu’un a osé, simplement osé, ça fait réfléchir et ça dérange.

Au fond, ce n’est pas la réussite qui inquiète. C’est la liberté de tracer sa route, avec ses doutes, ses renoncements et sa dignité
dans une société où la norme vaut plus que l’audace.

Votre chroniqueuse qui décortique les silences et admire les chemins invisibles.

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