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Le Maroc n’est pas une option

Par Reghai Yasmina

Il y a des maillots que l’on porte parce qu’ils sont beaux. Et puis il y a ceux que l’on porte parce qu’ils racontent quelque chose de plus grand que soi.

Ces dernières semaines, certains épisodes autour de nos internationaux marocains ont fait parler. L’un conditionne son retour en sélection à un changement à la tête du staff national. Un autre quitte son club dans un contexte qui dépasse désormais largement le terrain, avec des procédures et des démarches judiciaires qui viennent rappeler qu’un footballeur, même lorsqu’il devient une star, reste aussi un homme soumis aux mêmes règles que les autres.

Je ne veux pas ici juger les personnes. Encore moins distribuer les bons et les mauvais points. Mais ces histoires posent une question qui dépasse le football.

Que signifie encore représenter son pays ?

Parce qu’une sélection nationale n’est pas un club comme les autres.
Dans un club, on signe un contrat. On négocie. On part. On revient. On change d’employeur. On peut estimer que le projet ne nous convient plus, que l’entraîneur ne correspond pas à nos attentes ou que les conditions ne sont plus réunies. C’est le jeu professionnel.

Mais porter le maillot national, c’est autre chose.C’est porter un drapeau sans avoir besoin de le brandir. C’est entendre un hymne et savoir que, derrière onze joueurs, il y a des millions de personnes. Des enfants qui rêvent devant leur écran. Des familles qui se réunissent pour un match.
Des Marocains qui vivent à des milliers de kilomètres du pays mais qui, pendant quatre-vingt-dix minutes, ont l’impression d’être chez eux.

Le maillot national n’est pas une ligne supplémentaire sur un CV.
Il est une responsabilité. Et peut-être avons-nous parfois oublié cette évidence dans une époque où tout semble devenu négociable.

Le talent se négocie.
Les contrats se négocient.
Les transferts se négocient.
Les primes se négocient.

Mais l’honneur de représenter son pays ? Celui-là devrait rester au-dessus de la négociation.
On peut être en désaccord avec un sélectionneur.
On peut avoir des blessures, des frustrations, des conflits, des incompréhensions.
On peut même décider, pour des raisons personnelles, de mettre un terme à une carrière internationale.
Mais il y a une différence entre choisir son chemin et donner le sentiment que le Maroc serait une option parmi d’autres.
Car lorsqu’un joueur porte le maillot des Lions de l’Atlas, il ne représente plus seulement sa carrière. Il représente une histoire. Celle d’un pays qui a attendu longtemps avant de voir ses couleurs s’imposer parmi les grandes nations du football. Celle d’une génération qui a vécu des émotions immenses et qui a découvert, lors du Mondial 2022, qu’un rêve marocain pouvait dépasser toutes les frontières.

Ce maillot, beaucoup auraient rêvé de le porter. Certains en ont rêvé sans jamais avoir eu le niveau pour y prétendre. D’autres auraient tout donné pour entendre leur nom appelé avant un match international.

Yasmina Reghai
Yasmina Reghai
Alors oui, les joueurs sont des professionnels. Oui, ils ont leurs droits, leurs ambitions, leurs egos et leurs désaccords. Mais ils ont aussi quelque chose que beaucoup de professionnels n’auront jamais : le privilège de représenter tout un peuple. Et un privilège implique une responsabilité. Peut-être devrions-nous simplement nous rappeler que la grandeur d’un sportif ne se mesure pas uniquement au nombre de buts qu’il marque, aux clubs prestigieux qu’il fréquente ou à la valeur de son contrat.

Elle se mesure aussi à la manière dont il porte ce qui lui a été confié.
Parce qu’au fond, le Maroc ne demande pas à ses joueurs d’être parfaits. Il leur demande simplement de comprendre ce que signifie porter ses couleurs.

Le reste peut se discuter. Le maillot, lui, mérite le respect.
Car représenter son pays n’est pas une faveur que l’on accorde au Maroc. C’est un honneur que l’on reçoit. Et certains honneurs devraient être trop précieux pour devenir… une option.

Votre chroniqueuse, qui croit encore que certaines choses ne se négocient pas.

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