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Quand la pluie raconte ce que le soleil a oublié

Par Reghai Yasmina.

Il y a des images qui restent collées à la rétine. Des villages entiers sous l’eau, des maisons avalées par la terre boueuse, des routes que l’on croyait immortelles réduites à des lignes d’incertitude.

Plus de 140 000 personnes déplacées dans le nord-ouest du Maroc. Ksar El Kebir, Larache, et tant d’autres noms qui résonnent aujourd’hui comme des appels à regarder en face ce que nous avons trop longtemps ignoré.

Ce ne sont pas de simples pluies.
Ce sont des torrents qui emportent plus que des terres.
Ils emportent nos certitudes, nos habitudes, nos inerties.

Et pourtant, il y a à peine quelques années, ce même ciel demeurait désespérément vide. La terre craquelée, les rivières à nu, les champs suppliant une goutte d’eau. Des sécheresses qui duraient, encore et encore. Comme si le ciel lui-même avait décidé de nous punir pour nos aveuglements.

Puis soudain, la pluie.
Comme une colère, un cri, un rappel brutal.
Ironie du climat, absurdité du temps. Nous avons vécu des étés sans pluie, des saisons sans répit, des saisons où même l’espoir semblait se déshydrater. Et puis, quand enfin la pluie revient, elle ne vient pas comme une caresse apaisante, mais comme une vague furieuse.

Yasmina Reghai
Yasmina Reghai

Et là est peut-être le cœur du paradoxe. Parce que ce qui nous arrive n’est pas simplement une question de météo. Ce n’est pas une curiosité statistique du programme télé du ciel. C’est un miroir tendu devant nous.

Un miroir qui nous dit ceci :
nous avons oublié comment écouter la terre.
Nous avons appris à mesurer l’eau en litres, en barrages, en pourcentages.
Nous avons appris à lisser la nature dans des tableaux Excel.
Nous avons appris à organiser notre quotidien sans écouter les saisons.

Et puis la pluie est revenue. Non pas doucement, non pas comme une réponse, mais comme une question urgente.
Comme si la terre elle-même criait : Vous avez oublié ce que je suis.

Nous parlons de développement, de progrès, d’économies renouvelables, d’agriculture intelligente. Ce sont des mots importants. Ils sont sérieux, ils sont nécessaires.
Mais ils ne remplacent pas le langage des montagnes, des fleuves, des nuages, de la pluie.

La pluie n’obéit pas à nos calendriers. Elle ne lit pas nos prévisions météorologiques.
Elle ne rentre pas dans nos cases.

Elle danse entre nos certitudes et nos illusions. Et quand elle revient avec fracas, ce n’est pas qu’une exception.
C’est un message. Un message sur nos déséquilibres, nos excès, nos oublis.

Un message qui dit : On ne peut pas jouer avec l’équilibre du vivant sans en payer le prix.

Alors oui, il y a les chiffres des évacuations, les pertes agricoles, les routes détruites. Ce sont des réalités concrètes, humaines, douloureuses. Elles demandent des réponses politiques, logistiques, sociales.

Mais il y a aussi un autre appel. Un appel plus silencieux, plus profond, mais tout aussi urgent.

Celui de revoir notre rapport à l’eau, à la terre, au vivant.
De comprendre que l’ironie des pluies n’est pas un caprice du ciel, mais un reflet de nos propres contradictions.

Nous n’avons pas seulement besoin de barrages. Nous avons besoin d’écoute. Nous n’avons pas seulement besoin de politiques climatiques. Nous avons besoin d’une culture du respect de la nature.

La pluie qui emporte aujourd’hui nous enseigne peut-être plus que toutes les conférences climatiques réunies.

Elle nous enseigne que l’eau n’est ni une ressource, ni un bien économique, elle est l’essence même du lien entre nous et la planète qui nous porte.

Et tant que nous continuerons à l’oublier,le ciel nous fera des rappels. Parfois doux, parfois dévastateurs.

Votre chroniqueuse qui croit que la pluie finira par nous apprendre à écouter.

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