
Psychologie au Maroc : vide juridique et controverse autour d’un syndicat controversé
MANAL RMILI
La profession de psychologue clinicien au Maroc se trouve depuis des décennies dans un vide juridique total, une situation où l’absence de statut légal laisse la discipline sans cadre officiel, exposant à la fois les professionnels et les citoyens à des pratiques non encadrées.
C’est dans ce contexte que fin 2025 est apparu le Syndicat national des psychologues (SNP), qui revendique représenter la profession et a adressé un communiqué au Parlement le 10 mars 2026, appelant à l’adoption d’une loi complète pour encadrer l’exercice de la psychologie, protéger les citoyens et garantir l’éthique professionnelle.
Le syndicat avait déjà envoyé une note législative le 30 janvier 2024 sous le numéro 271, soulignant le vide juridique et demandant l’ouverture d’un débat législatif sur la profession.
Si ces démarches attirent l’attention médiatique, elles suscitent également des interrogations majeures dans le milieu professionnel, car la plupart des membres fondateurs du SNP ne font pas partie du corps des psychologues cliniciens, ce qui remet en question la représentativité et la légitimité du syndicat.
De plus, certains spécialistes rappellent qu’il est logiquement impossible de constituer un syndicat pour une profession qui n’a pas de statut légal, ce qui accentue le flou autour de cette initiative et interpelle sur la crédibilité du syndicat face à des enjeux structurants pour la profession.
Pour comprendre l’importance de ce débat, il faut rappeler le travail historique déjà accompli par les associations existantes.
La Société marocaine des psychologues cliniciens (SMPC), créée en 2000, a œuvré pendant plus de vingt ans à promouvoir la psychologie clinique, diffuser le savoir scientifique et sensibiliser aux enjeux de santé mentale.
La SMPC a développé des actions de formation, de conseil et de soutien aux psychologues, contribuant à encadrer les pratiques professionnelles malgré l’absence de cadre légal et jouant un rôle central dans la crédibilité et la reconnaissance de la discipline au Maroc.
Plus récemment, l’Association marocaine des psychologues de la fonction publique (AMPFP), fondée lors d’une assemblée générale le 29 novembre 2025 à Rabat, au siège du Conseil national des droits de l’Homme, a entrepris des démarches concrètes auprès du Parlement pour obtenir un cadre légal clair et un statut officiel pour les psychologues cliniciens.
L’AMPFP a alerté sur le vide juridique, sur la multiplication de pratiques exercées par des personnes sans formation spécialisée, et sur le risque que cela représente pour la sécurité des citoyens.
L’association a proposé des mesures précises pour définir les conditions d’exercice, protéger le titre de psychologue, instaurer un code de déontologie national et clarifier la complémentarité entre psychologues et autres professionnels de santé mentale.
Le contraste entre ces démarches historiques et l’apparition du SNP est frappant. Alors que la SMPC et l’AMPFP ont posé des bases concrètes et crédibles pour encadrer la profession, le SNP attire l’attention médiatique mais reflète un flou profond sur sa représentativité et sa légitimité, renforcé par le fait qu’il est constitutionnellement improbable de créer un syndicat pour une profession sans statut légal.
Ce décalage illustre la complexité de la situation au Maroc, où la profession reste largement non réglementée et où le cadre institutionnel peine à protéger à la fois les professionnels et les citoyens.
Le vide juridique persistant permet à des personnes non formées de proposer des services psychologiques, brouillant les frontières entre psychologues, psychiatres et autres intervenants, et alimentant tensions et inquiétudes.
Pour les experts, l’urgence est claire, seule l’adoption d’un statut légal précis et d’un cadre réglementaire complet permettra de garantir la crédibilité de la profession, sécuriser les pratiques et protéger les citoyens. Cela inclut la définition des conditions de formation, des responsabilités professionnelles et l’instauration d’un code de déontologie national.
Au-delà des enjeux corporatistes, le débat touche à la santé mentale de la population marocaine et à la nécessité de clarifier les rôles et responsabilités de tous les acteurs impliqués.
Les actions historiques de la SMPC et de l’AMPFP démontrent qu’un travail structurant et concret a déjà été mené, tandis que l’apparition du SNP met en lumière les défis contemporains liés à la représentativité et à la légitimité dans un secteur essentiel.
La reconnaissance officielle et un cadre légal sécurisé restent des urgences absolues pour la discipline et pour la société, et le chemin vers une profession pleinement régulée exige de tenir compte de l’histoire, du cadre scientifique et du travail déjà accompli par les associations professionnelles.




