
Par Reghai Yasmina
Il y a au Maroc deux institutions que personne ne conteste vraiment : le thé à la menthe… et le sélectionneur national. Enfin, disons plutôt le débat permanent sur le sélectionneur. Car chez nous, chacun est un peu coach dans l’âme. Du café du coin aux plateaux télé, en passant par les groupes WhatsApp familiaux, tout le monde a sa composition idéale.
Et voilà qu’un nouveau chapitre s’ouvre avec l’arrivée du nouveau patron de l’Équipe du Maroc de football, nommé par la Fédération Royale Marocaine de Football. À peine annoncé, le voilà déjà examiné, disséqué, analysé. Son CV ? Commenté. Son style de jeu ? Anticipé. Ses premières convocations ? Déjà critiquées… alors qu’elles ne sont même pas encore sorties.
C’est la magie du football marocain : un sport, oui, mais surtout une conversation nationale permanente.
Il faut dire que les Lions de l’Atlas ont changé de statut. Pendant longtemps, on espérait un exploit. Aujourd’hui, on attend une confirmation. Après les émotions fortes, les demi-finales historiques et les rêves devenus presque réalistes, la barre est montée d’un cran. Désormais, chaque match devient une épreuve de crédibilité.
Le nouveau sélectionneur arrive donc dans un contexte paradoxal :
un pays passionné, fier de son équipe… mais aussi terriblement exigeant.
Au Maroc, on pardonne beaucoup de choses… sauf trois :
perdre contre un rival, jouer sans âme, ou laisser un talent marocain sur le banc.
Le défi est immense. Car entraîner les Lions de l’Atlas ne consiste pas seulement à aligner onze joueurs. Il faut composer avec les attentes d’un peuple entier, les analyses d’anciens joueurs devenus experts télévisuels, et surtout l’amour presque viscéral que les Marocains portent à ce maillot.
Mais derrière les débats et les critiques rapides, il y a aussi une réalité simple : le football marocain vit un moment charnière. Les infrastructures progressent, les talents émergent partout, la diaspora enrichit l’équipe, et la jeunesse regarde désormais le football non plus comme un rêve lointain, mais comme une possibilité.
Le nouveau sélectionneur hérite donc d’une responsabilité rare :
ne pas seulement gérer une équipe… mais accompagner une espérance nationale.
Alors oui, dans les cafés, les discussions continueront. On refera les matchs avant même qu’ils commencent. On criera au génie après une victoire, et au scandale après une défaite.
Mais au fond, c’est aussi cela la beauté du football marocain :
un pays entier qui vit, souffre et espère au rythme d’un ballon.

Et quelque part, dans ce tumulte passionné, le nouveau sélectionneur devra trouver la chose la plus rare dans notre football : du temps et de la confiance.
Autant dire… le défi le plus difficile de tous.
Et dans ce pays où le football est une affaire sérieuse, presque sentimentale, le sélectionneur n’est jamais seul sur le banc. Il est accompagné de 40 millions d’entraîneurs adjoints, tous convaincus d’avoir la solution tactique qui manque.
Avouons le, derrière les critiques rapides et les débats enflammés, il y a surtout une immense fierté : celle de voir le Maroc compter, exister, et faire vibrer toute une nation au rythme d’un ballon rond.
Et pendant que les experts improvisés continuent de refaire la composition de l’équipe autour d’un café noir bien serré, votre chroniqueuse, elle, se contente d’une certitude : au Maroc, le football n’est pas seulement un sport… c’est un débat public permanent.
Alors en attendant le premier match du nouveau sélectionneur, votre chroniqueuse a pris une grande décision :
elle va continuer à faire ce que font tous les Marocains depuis des décennies… regarder le match, critiquer la composition, et affirmer avec beaucoup de sérieux : “franchement, moi je l’aurais fait jouer autrement.”




