
Le syndrome du CV doré et de l’expérience inexistante
Par Yasmina Reghai
Au Maroc, le CV n’est plus un document. C’est une œuvre d’art.
Un Picasso administratif.
Un résumé de vie où la réalité est optionnelle et l’exagération, une compétence professionnelle.
On a désormais des étudiants de 20 ans “consultants en stratégie internationale”, des stagiaires “Project managers senior” après trois cafés servis dans une agence de com’, et des diplômés “experts en leadership transformationnel”… incapables de gérer un simple e-mail sans écrire : “Bonjour chère société.”
Dans certains CV, on trouve plus de certificats que d’heures réelles de travail. Plus de formations en ligne que de réunions vécues.
Plus de “leadership” que de réelle prise de décision.
Mais attention: si vous demandez une expérience concrète, vous aurez droit à un regard blessé, comme si l’exigence professionnelle était une forme de violence psychologique non labellisée.
On a remplacé la compétence par le lexique :
soft skills, mindset, resilience, adaptability…
mais incapable de dire “désolé” quand on arrive 32 minutes en retard sans prévenir, bien sûr, parce que dans notre société , tout le monde comprend.
La vérité ?
On a créé une génération persuadée que l’image précède la maîtrise, que l’apparence vaut plus que la pratique, et que l’anglais ajouté à n’importe quelle phrase transforme une banalité en stratégie.
Le marché du travail, lui, commence à se lasser. Parce qu’au fond, on peut recopier une phrase sur LinkedIn, on peut inventer un titre, on peut enjoliver un parcours…
Mais la réalité finit toujours par demander :
“Très bien. Maintenant… montre-moi.”
Et là, souvent, le silence est plus long que le stage….
Votre chroniqueuse qui écrit ce que d’autres préfèrent laisser sous le tapis.




