
Par REGHAI Yasmina
Il est des discours que l’on écoute avec les oreilles. Et il en est d’autres qui obligent à écouter avec la conscience.
Le discours prononcé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône 2026 appartient à cette seconde catégorie. Au-delà du bilan, des projets et des orientations, un fil conducteur s’en dégage avec une remarquable constance : la première responsabilité d’un État n’est pas de séduire le monde, mais d’être à la hauteur des attentes de son propre peuple.
Dans un contexte international où les nations sont souvent tentées de mesurer leur influence à leur visibilité, le Souverain a rappelé une autre hiérarchie des priorités. Celle où le développement n’a de sens que s’il profite à tous. Celle où la croissance perd sa valeur lorsqu’elle laisse des territoires en marge. Celle où les indicateurs économiques ne peuvent faire oublier les réalités quotidiennes des citoyens.
À plusieurs reprises, le discours est revenu sur cette exigence d’équité territoriale, de justice sociale et de développement inclusif. Derrière les chiffres et les réalisations, c’est une même conviction qui s’exprime : le Maroc ne peut avancer à deux vitesses.
C’est sans doute le passage qui m’a le plus interpellée.
J’y ai entendu une idée forte, presque une philosophie de l’action publique : la reconnaissance internationale n’a de véritable valeur que lorsqu’elle est le prolongement d’un engagement sincère envers son peuple. Les applaudissements du monde ne remplacent jamais la confiance des citoyens. Ils ne construisent ni une école, ni un hôpital, ni une route, ni un avenir.
Cette idée dépasse le seul cadre de l’action politique.
Elle nous concerne tous.
À une époque où chacun cherche à être vu, reconnu, validé, le discours royal rappelle qu’il existe une reconnaissance plus exigeante : celle qui naît de l’utilité. Faire plutôt que paraître. Construire plutôt que communiquer. Transformer plutôt que convaincre.
C’est peut-être là la véritable force de cette allocution.
Elle ne nous invite pas seulement à regarder le Maroc qui se construit. Elle nous invite aussi à nous interroger sur la manière dont nous définissons, individuellement et collectivement, la réussite.
Car un pays ne se grandit pas uniquement par l’image qu’il renvoie au monde. Il se grandit lorsque chacun de ses citoyens peut regarder l’avenir avec davantage de confiance, de dignité et d’espérance.
Et si c’était finalement cela, le message essentiel de ce discours : rappeler que le prestige d’une nation ne se décrète pas. Il se construit, jour après jour, en plaçant l’être humain au centre de chaque ambition.
Votre chroniqueuse, convaincue que les plus grands discours sont ceux qui continuent de résonner longtemps après que le silence est revenu.




