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Le Maroc change. Et parfois, nous ne le voyons même pas!

Reghai Yasmina

Il y a des changements qui font du bruit. On les annonce, on les commente, on les débat pendant quelques jours, puis ils finissent par rejoindre le grand cimetière des actualités que nous avons consommées avant de passer à autre chose. Et puis il y a les autres. Ceux qui arrivent presque discrètement. Une démarche qui devient numérique. Une règle qui évolue. Une indemnité qui change. Une nouvelle manière de payer, de circuler, de travailler, d’administrer.

Et un matin, sans vraiment nous en rendre compte, nous découvrons que le Maroc dans lequel nous vivons n’est déjà plus tout à fait celui d’hier.
C’est peut-être cela, le plus intéressant dans les changements annoncés ces derniers temps : ils ne racontent pas seulement des mesures. Ils racontent un pays qui accélère.

Le permis de conduire se digitalise davantage. Les démarches administratives quittent progressivement les bureaux pour nos écrans. Les banques ajustent leurs pratiques. Les entreprises internationales doivent composer avec de nouvelles exigences fiscales. Les transports et le commerce évoluent au rythme d’un monde où quelques dollars de plus sur un conteneur peuvent finir par se retrouver, d’une manière ou d’une autre, dans notre quotidien.
Et pendant ce temps, le Maroc continue d’avancer sur d’autres fronts, institutionnels, économiques et sociaux.

Le plus étonnant ?Nous nous habituons très vite au changement. Il y a quelques années encore, faire une démarche administrative en ligne paraissait presque exceptionnel. Aujourd’hui, lorsqu’un service nous oblige à imprimer trois feuilles, faire deux photocopies et nous déplacer à plusieurs reprises, nous nous demandons presque pourquoi personne n’a encore pensé à le mettre sur une plateforme.

Nous avons changé. Nos attentes aussi. Mais il reste une question : est-ce que nos mentalités avancent à la même vitesse que nos procédures ? Parce que digitaliser une démarche ne suffit pas à moderniser une société.

Il faut aussi apprendre à utiliser ces outils, protéger les données, expliquer les nouvelles règles, accompagner ceux qui ne maîtrisent pas le numérique et surtout éviter que la modernisation ne crée une nouvelle forme d’exclusion : celle de ceux qui ne savent pas cliquer au bon endroit.

Le progrès n’est pas seulement une question de technologie. C’est une question d’accessibilité.
Et derrière chaque réforme, chaque nouvelle procédure, chaque chiffre annoncé, il y a toujours un être humain. Le conducteur qui veut simplement obtenir son permis. Le commerçant qui essaie de comprendre ses charges. Le professionnel qui voit ses coûts augmenter. L’étudiant qui attend une bourse. L’enseignant qui espère que la reconnaissance de son travail ne restera pas une promesse.
Le citoyen qui, au fond, ne demande pas grand-chose : comprendre ce qui change et savoir ce que cela changera pour lui.
C’est là que se joue une partie essentielle de la confiance.
Parce qu’un pays peut changer très vite sur le papier et laisser une partie de sa population derrière lui dans la réalité.

Notre Maroc est aujourd’hui dans cette étrange période où le futur commence à s’installer dans notre quotidien avant même que nous ayons eu le temps de lui donner un nom.

Yasmina Reghai
Yasmina Reghai
Il y a de la modernisation.Il y a des progrès.Il y an encore des lenteurs. Il y a des contradictions.
Et il y a surtout une société qui apprend à vivre avec un rythme nouveau. Alors peut-être faudrait-il parfois arrêter de regarder chaque changement comme une simple actualité.
Regardons-les ensemble. Car mis bout à bout, ces petits changements dessinent quelque chose de beaucoup plus grand : le portrait d’un Maroc qui avance.
La vraie question n’est peut-être plus de savoir si le Maroc change.
Il change.

La question est de savoir si nous sommes prêts à changer avec lui.
Et surtout, si personne ne sera laissé sur le bord du chemin.

Votre chroniqueuse qui regarde le Maroc changer… sans jamais cesser de regarder les Marocains.

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