
Par Reghai Yasmina
Aujourd’hui, j’ai voté.
Un geste simple. Quelques minutes. Un bulletin. Une décision.
Et pourtant, en glissant mon choix dans l’urne, je me suis dit que nous oublions parfois à quel point certains gestes que nous considérons aujourd’hui comme ordinaires sont, en réalité, le résultat de longues conquêtes.
Voter en fait partie.
Nous sommes nombreuses à pouvoir aujourd’hui entrer dans un bureau de vote, prendre un bulletin, faire notre choix et repartir. Sans forcément penser à celles qui, avant nous, n’avaient pas ce droit.
Les femmes ont dû conquérir le droit de participer à la vie politique.
Alors oui, je sais.
Il y aura toujours ceux qui diront que les programmes ne convainquent pas.
Que les candidats ne sont pas à la hauteur.
Que les promesses se ressemblent.
Que la politique déçoit.
Que notre voix ne changera peut-être rien.
Et je comprends.
On peut être déçu. On peut être critique. On peut hésiter. On peut même ne croire pleinement en aucun candidat.
Mais il y a une chose que je refuse de banaliser : le droit de choisir.
Parce que voter ne signifie pas forcément dire « oui » à tout.
Voter peut être un choix réfléchi.
Un choix par conviction.
Un choix par responsabilité.
Un choix par espoir.
Parfois même un choix par défaut.
Mais c’est toujours une manière de dire :
« Ma voix compte. »
Et cette phrase prend une dimension particulière lorsqu’on la regarde avec l’histoire des femmes.
Nous avons longtemps été considérées comme trop fragiles pour décider, trop éloignées des affaires publiques, trop dépendantes pour participer pleinement à la vie citoyenne.
Aujourd’hui, nous pouvons voter.
Alors je me demande : sommes-nous suffisamment conscientes de la valeur de cette liberté ?
Car il existe une étrange contradiction dans notre époque.
Nous réclamons, à juste titre, davantage de droits, davantage de représentation, davantage de reconnaissance.
Mais parfois, lorsque vient le moment d’exercer concrètement ces droits, nous nous détournons, par lassitude, par désillusion ou simplement par indifférence.
Je ne crois pas que voter garantisse que tout changera.
Je ne crois pas non plus qu’un bulletin puisse, à lui seul, résoudre les problèmes d’une société.
Mais je crois profondément que renoncer à sa voix ne peut jamais être une manière de la faire entendre.
Je l’ai fait avec mes convictions, mes interrogations et mes réserves.
Je l’ai fait en pensant aux programmes, aux candidats, à notre société et à ce que nous voulons en faire.
Mais je l’ai aussi fait en pensant à toutes celles qui, avant nous, ont dû attendre, lutter et revendiquer ce qui nous paraît aujourd’hui évident.
Parce qu’un droit que l’on banalise finit parfois par devenir un droit que l’on oublie.
Et peut-être que la véritable question n’est pas seulement :
« Pour qui allons-nous voter ? »
Mais aussi :
« Que faisons-nous de la voix que nous avons enfin le droit de faire entendre ? »
Aujourd’hui, j’ai voté.
Et vous, qu’avez-vous fait de votre voix ?




