
Par REGHAI Yasmina
Il y a des routes qui relient des villes. Et puis il y a celles qui, soudain, semblent vouloir relier des continents, des intérêts et même des imaginaires.
La voie express Tiznit-Dakhla vient de recevoir un nom pour le moins inattendu: «Donald Trump Highway». Et Donald Trump, fidèle à son style, n’a pas tardé à remercier le Roi Mohammed VI, allant jusqu’à souhaiter parcourir un jour cette longue route qui descend vers le Sud marocain.
Une autoroute marocaine portant le nom d’un président américain. Voilà une image qui aurait pu sembler improbable il y a quelques années. Aujourd’hui, elle raconte pourtant quelque chose de beaucoup plus grand qu’une simple dénomination.
Car cette voie express n’est pas qu’une succession de kilomètres d’asphalte. Elle traverse un territoire, rapproche des villes, accompagne le développement des provinces du Sud et porte avec elle une vision économique et stratégique. Elle dessine aussi, à sa manière, une nouvelle géographie du Maroc : celle d’un pays qui veut rapprocher son Nord de son Sud, faciliter les échanges et transformer les distances en opportunités.
Alors, forcément, lorsqu’une infrastructure pareille est associée au nom de Donald Trump, le symbole prend le dessus sur le bitume.
Et les symboles, en politique internationale, ne sont jamais innocents.
Le message de Trump, accompagné d’une vidéo présentant l’infrastructure comme une «voie de paix vers la prospérité», donne à cette route une dimension supplémentaire. La route devient récit. Le chantier devient diplomatie. Et le développement devient, lui aussi, un langage politique.
Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette histoire.
Mais au-delà des présidents, des noms et des messages publiés sur les réseaux sociaux, une question demeure: que restera-t-il, demain, de cette route dans la vie des Marocains?
Car une infrastructure ne devient véritablement historique que lorsqu’elle change la vie de ceux qui l’empruntent.
Si elle permet à un agriculteur d’écouler plus facilement sa production, à une entreprise de réduire ses délais, à un jeune du Sud de trouver davantage d’opportunités, à une famille de parcourir plus facilement le territoire, alors elle aura accompli quelque chose de bien plus important qu’un symbole diplomatique.
Une route peut porter le nom d’un président. Mais sa véritable réputation, elle, se construit avec les femmes et les hommes qui la parcourent.
Et peut-être est-ce là le plus intéressant dans cette histoire : les routes ont ceci de particulier qu’elles ne demandent pas aux voyageurs d’où ils viennent. Elles leur demandent simplement où ils vont.
Le Maroc, lui, semble savoir de plus en plus clairement où il veut aller.
Reste à savoir qui prendra la route avec lui.
Votre chroniqueuse qui croit que les grandes routes ne se mesurent jamais uniquement en kilomètres.




