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Génération brillante, génération anxieuse

Par Reghai Yasmina

Ils sont diplômés. Polyglottes. Connectés. Stratégiques.
Ils savent optimiser un CV, construire un personal branding, pitcher une idée en trois minutes et analyser un marché en cinq slides. Mais ils dorment mal.

La génération que nous formons est brillante. Objectivement brillante. Jamais les jeunes n’ont eu autant accès au savoir, aux formations, aux certifications, aux webinaires, aux mentors virtuels.
Et pourtant, jamais ils n’ont été aussi inquiets.

Inquiets de ne pas aller assez vite.
Inquiets de ne pas être assez visibles.
Inquiets d’être remplacés — par plus jeune, plus performant… ou par une intelligence artificielle.

Nous leur avons appris à réussir.
Mais leur avons-nous appris à respirer ?

À 22 ans, ils parlent déjà d’“opportunités ratées”.
À 25 ans, ils redoutent le “retard”.
À 30 ans, ils s’excusent presque de ne pas être “installés”.

Yasmina Reghai

Quand la jeunesse devient une course contre le temps, quelque chose s’est déréglé. Le problème n’est pas leur ambition. Elle est saine. Le problème, c’est l’obsession de performance permanente.

Dans une société où la réussite est devenue spectacle, chacun doit produire la preuve visible de son ascension. Le diplôme ne suffit plus. Il faut l’annonce LinkedIn. Le projet ne suffit plus. Il faut la story. Le bonheur ne suffit plus. Il faut la validation.

Nous avons créé une génération qui sait se vendre avant même de se connaître. Ils sont compétents. Mais fragiles. Informés. Mais anxieux. Hyperconnectés. Mais profondément seuls face à l’exigence de se construire une identité rentable.

Peut-être avons-nous oublié une chose essentielle : l’être humain n’est pas un produit en phase de lancement.

Former des esprits brillants est une réussite. Former des esprits apaisés serait un progrès.

Il est peut-être temps de réhabiliter le droit à l’erreur.
Le droit à l’hésitation.
Le droit de ne pas savoir encore.

Car à force de transformer la jeunesse en vitrine, nous risquons de la vider de sa substance.
Et une société qui produit des talents anxieux devrait, au minimum, s’interroger.

Votre chroniqueuse, qui observe ces étudiants capables de conquérir le monde mais terrorisés à l’idée de décevoir, se demande si le véritable courage aujourd’hui n’est pas de ralentir dans une société qui applaudit seulement ceux qui courent.

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