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Rabat, capitale mondiale du livre… et si on se remettait à lire nos vies ?

Par Reghai Yasmina

En 2026, Rabat est devenue Capitale mondiale du livre. Une distinction prestigieuse, certes, mais surtout un symbole fort dans un monde qui scrolle plus qu’il ne feuillette qui consomme l’information à toute vitesse, qui zappe avant même d’avoir compris.

Dans ce monde pressé, bruyant, saturé d’images et de notifications, voilà qu’une ville marocaine est sacrée capitale du mot, de la pensée, du silence fécond entre deux pages.

C’est beau. C’est fort. Mais ce n’est pas anodin.

Car cette reconnaissance nous oblige à nous poser une vraie question : que faisons-nous encore des livres aujourd’hui ?

Dans beaucoup de maisons, ils décorent plus qu’ils n’accompagnent. Dans nos sacs, ils ont été remplacés par des écrans. Dans nos vies, ils sont souvent renvoyés à plus tard. Plus tard, quand on aura le temps. Plus tard, quand on sera moins fatigués. Plus tard, quand la vie sera moins lourde. Et ce “plus tard” finit souvent par devenir “jamais”.

Pourtant, un livre n’est pas un simple objet posé sur une étagère. C’est une porte ouverte sur d’autres mondes, un refuge discret, un miroir parfois dérangeant, une thérapie silencieuse, un professeur patient. C’est parfois la seule chose qui nous comprend quand personne ne prend le temps de nous écouter.

Rabat, capitale mondiale du livre, ce n’est pas seulement une succession d’événements culturels, de salons, de conférences, de discours officiels et de photos souvenirs. C’est avant tout une responsabilité collective.

On ne devient pas capitale du livre si les citoyens ne lisent pas. On ne devient pas capitale du savoir si les enfants ne rêvent plus. On ne devient pas capitale de la pensée si l’on a peur des idées.

Et soyons honnêtes : lire aujourd’hui est presque devenu un acte de résistance. Résister à la superficialité, à l’instantané, au bruit permanent. Lire, c’est accepter de ralentir, de réfléchir, de douter, de se remettre en question. Et penser, on le sait, dérange parfois.

Mais c’est justement là que se joue l’essentiel.

Former des lecteurs, c’est former des esprits libres. Former des lecteurs, c’est former des citoyens lucides. Former des lecteurs, c’est former des humains sensibles, capables d’empathie, de nuance et de profondeur.

Dans un pays jeune, connecté, ambitieux, souvent pressé, le livre devient un ralentisseur de conscience. Un rappel discret mais puissant que l’on ne construit pas une nation uniquement avec du béton, des projets et des statistiques, mais aussi avec des histoires, des idées, des valeurs et des rêves écrits noir sur blanc.

Yasmina Reghai

Alors oui, bravo Rabat. Bravo au Maroc. Bravo à la culture.

Mais maintenant, la balle est dans notre camp.

À nous de remettre un livre sur la table du salon. À nous de raconter des histoires aux enfants avant de leur confier une tablette. À nous de fréquenter les librairies comme on fréquente les cafés. À nous de redevenir curieux, exigeants, vivants intellectuellement.

Parce qu’un pays qui lit est un pays qui se respecte.

Et peut-être qu’en 2026, entre deux notifications, deux fatigues et deux urgences, nous prendrons enfin le temps d’ouvrir un livre… pour mieux nous rappeler qui nous sommes.

Votre chroniqueuse qui écoute battre le cœur des pages

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