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Pendant que le peuple regarde la CAN, l’État fusionne nos angoisses

Par Reghai Yasmina

Il y a des moments où la politique avance en chaussettes. Sans bruit. Sans débat. Sans regard citoyen. La fusion entre la CNSS et la CNOPS vient d’être adoptée au Parlement.
Un basculement majeur du système de protection sociale marocain. Un chantier lourd, sensible, structurant. Et pourtant… presque invisible.

Ceci dit, une question s impose : Pourquoi ?
Parce que le Maroc est ailleurs. Devant un écran. Absorbé par la CAN.
Parce que quand le ballon roule, le citoyen décroche. Et quand le citoyen décroche, les lois passent.

Ne nous trompons pas , la réforme de la couverture sociale est nécessaire. Le système est fragmenté, inégal, parfois injuste. Oui, il fallait harmoniser. Oui, il fallait rationaliser. Mais fallait-il le faire ainsi ? Dans ce timing-là ? Dans cette ambiance de distraction collective ?

La fusion CNSS–CNOPS ne concerne pas des chiffres abstraits. Elle touche des fonctionnaires, des salariés, des familles entières, des malades chroniques, des retraités inquiets. Elle touche la confiance. Or la confiance ne se réforme pas à huis clos. On nous parle d’efficience, de simplification, de convergence. Des mots propres. Techniques. Rassurants.

Yasmina Reghai
Yasmina Reghai
Mais sur le terrain, les Marocains entendent autre chose :
– Mes droits vont-ils diminuer ?
– Mes remboursements vont-ils ralentir ?
– Mon statut va-t-il s’effacer dans une grande machine impersonnelle ?

Le Parlement a voté. Le calendrier était légal. Le processus, institutionnel. Soit.
Mais politiquement ? Symboliquement ?
Faire passer une réforme aussi structurante pendant que le pays vit au rythme des matchs, c’est envoyer un message trouble : ceci peut attendre, votre attention n’est pas requise.

Or la protection sociale n’est pas un détail administratif. C’est un pacte.
Et un pacte se discute à visage découvert, pas pendant que la foule célèbre un but.

La CAN passera. Les chants s’éteindront. Les écrans se noirciront.
Mais la fusion, elle, restera. Avec ses effets, ses ratés possibles, ses gagnants et ses perdants.

La vraie question n’est donc pas seulement quoi a été voté.
Mais comment et quand.

Car une démocratie ne se mesure pas uniquement au nombre de lois adoptées, mais à la place laissée au citoyen pour les comprendre, les questionner… et parfois les contester.

Pendant que le peuple regarde la CAN, l’État gouverne.
Mais gouverner sans le regard du peuple, c’est toujours un pari risqué.

Votre chroniqueuse qui préfère les réformes courageuses aux réformes opportunistes.

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