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Le Maroc des promesses… et celui qui attend toujours

Par Reghai Yasmina

Il y a des saisons qui reviennent avec les mêmes couleurs. Le printemps avec ses fleurs.
L’été avec ses chaleurs.
L’automne avec ses rentrées.
Et puis, chez nous, il y a cette autre saison : celle des promesses.

À l’approche des élections législatives du 23 septembre, les programmes politiques commencent à fleurir. Les mots aussi.
⁃ Emploi.
⁃ Pouvoir d’achat.
⁃ Santé.
⁃ Éducation.
⁃ Jeunesse.
⁃ Justice sociale.
⁃ Dignité.

Des mots sérieux. Des mots nécessaires. Des mots qui parlent à tout le monde. Et c’est peut-être justement là que commence le problème. Parce qu’un mot peut être magnifique sur une affiche et beaucoup moins convaincant lorsqu’il faut le traduire dans la vie quotidienne.

Le Marocain n’est pas naïf.
Il écoute les discours, regarde les programmes, compare les chiffres. Il regarde aussi son portefeuille à la fin du mois. Il accompagne son enfant à l’école. Il attend parfois un rendez-vous médical. Il cherche un emploi pour son fils ou sa fille. Il calcule le prix du panier avant de remplir son chariot.

Yasmina Reghai
Yasmina Reghai
Il connaît donc une forme de politique beaucoup plus concrète que celle des tribunes. Celle qui commence le premier du mois et se termine, pour certains, bien avant le trente.

Alors, lorsque les partis annoncent leurs engagements, le citoyen écoute. Mais il écoute autrement.
Il ne demande plus seulement : « Qu’allez-vous faire ? »
Il demande silencieusement : « Quand ? » Et surtout : « Pour qui ? ». Car notre pays a changé.
Les Marocains aussi. Ils sont davantage connectés, davantage informés, parfois davantage méfiants.
Les réseaux sociaux ont transformé le citoyen en commentateur permanent. Chaque promesse est immédiatement décortiquée, comparée, moquée ou applaudie.
La politique n’est plus seulement dans les meetings. Elle est dans nos téléphones. Elle apparaît entre deux vidéos, s’invite dans nos conversations familiales, se transforme en commentaire sous une publication et finit parfois en plaisanterie partagée entre amis.
Même les promesses ont désormais leur vie numérique. Et pourtant, derrière cette apparente légèreté, il y a quelque chose de beaucoup plus sérieux : une attente. Une vraie. Celle d’une génération qui veut travailler sans devoir quitter son pays. Celle de parents qui veulent une école capable de donner à leurs enfants autre chose qu’un diplôme : une chance. Celle de citoyens qui souhaitent pouvoir se soigner sans avoir le sentiment que la qualité des soins dépend de l’épaisseur de leur portefeuille.
Celle de familles qui veulent vivre correctement sans transformer chaque dépense ordinaire en petit exercice de comptabilité anxieuse. Celle, enfin, d’une jeunesse qui ne veut pas être seulement le thème préféré des programmes électoraux.

Elle veut être actrice de son avenir. Alors oui, les programmes sont importants. Les chiffres aussi.
Les 20 engagements annoncés ici, les centaines de mesures annoncées là, les milliards mobilisés pour répondre aux grands défis du pays… tout cela mérite d’être regardé avec attention. Mais il faudra surtout regarder ce qui restera lorsque les affiches auront disparu.

Parce qu’une promesse politique n’est pas une phrase. C’est une responsabilité.
Et peut-être que le véritable changement dans notre rapport à la politique commence précisément ici : lorsque le citoyen cesse de se contenter d’entendre de belles paroles et commence à demander des comptes sur les résultats.

Nous avons longtemps appris à patienter.

⁃ Patienter pour un emploi.
⁃ Patienter pour un logement.
⁃ Patienter pour une réforme.
⁃ Patienter pour une amélioration.

Nous sommes peut-être devenus experts dans l’art d’attendre.
Mais une nation ne peut pas éternellement construire son avenir dans le futur.
À force de nous parler de demain, nous risquons d’oublier que certains Marocains vivent leurs difficultés aujourd’hui.

Alors, à l’approche de cette nouvelle échéance électorale, peut-être devrions-nous écouter les promesses avec moins d’enthousiasme et davantage d’exigence. Ne pas les rejeter.
Ne pas les croire aveuglément.
Simplement les regarder à la lumière d’une question très simple : Que deviendront ces mots une fois les élections passées ?
Parce que le citoyen marocain ne demande peut-être plus qu’on lui promette un avenir extraordinaire.

Il demande quelque chose de beaucoup plus raisonnable. Un avenir qui commence, enfin, à l’heure. Et peut-être est-ce cela, au fond, la véritable maturité démocratique : ne plus applaudir la promesse, mais attendre le résultat.

Votre chroniqueuse qui préfère désormais les actes aux grandes phrases.

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