
Par Reghai Yasmina
Mars 2026.
Le monde retient son souffle pendant que les tensions entre États-Unis et Iran font grimper les courbes… et descendre les nerfs.
Au Maroc, ce n’est pas une guerre.
C’est pire. C’est une addition.
C est donc le prix du carburant qui s’ajuste. Alors que les légumes prennent de la hauteur. Le poisson, lui, devient philosophique : on en parle plus qu’on ne le mange.
Mais le vrai coût, celui qu’aucun indice ne calcule, se paie ailleurs.
Il se paie dans ces silences à table quand on fait semblant que tout va bien.
Dans ces mères qui recomposent les repas comme des équations impossibles.
Dans ces pères qui disent “ça ira” avec une voix qui ne les croit même plus.
Dans ces jeunes qui rêvent en devises étrangères parce que le dirham ne suffit plus à contenir leurs espoirs.
Oui, les prix montent. Mais ce qui explose, surtout, c’est le prix de la dignité. Refuser d’emprunter.
Continuer à donner le change.
Ne pas avouer qu’on compte. Tout. Même les petites choses.
Alors oui, au Maroc, en 2026, la vie chère ne se mesure plus au panier de la ménagère. Elle se mesure au panier de l’âme.
En outre, combien coûte le fait de ravaler sa frustration ? Quel est le prix d’un “hamdoulillah” qu’on répète plus par discipline que par conviction ? À partir de combien de sacrifices devient-on économiquement stable… mais émotionnellement à découvert ?
Le plus subtil, dans cette inflation, c’est qu’elle ne fait pas de bruit.
Elle ne manifeste pas.
Elle ne casse rien.
Elle use. Elle use les nerfs, les liens, les élans.
Elle transforme les discussions en calculs, les envies en reports, et les jours en gestion.
Et pendant que les experts débattent en chiffres et en pourcentages, une autre économie s’effondre doucement :
celle du courage ordinaire.
Pour rester patient sans devenir résigné. Pour rester optimiste sans devenir naïf.
Le Maroc avance, dit-on.
Peut-être. Mais ses citoyens, eux, apprennent surtout à tenir.
Et tenir, en 2026, est devenu une compétence. Presque une performance. Parfois même… un luxe.
Votre chroniqueuse qui compte les mots… pendant que d’autres comptent les centimes.




