
Rabat.. Par Kawtar Chaat
Dans quelques jours, les regards du continent seront braqués sur le Maroc. Mais derrière le spectacle sportif attendu, se joue un enjeu autrement plus stratégique : celui d’un pays qui entend transformer la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en vecteur d’accélération touristique et levier de montée en gamme durable à même de franchir de nouveaux paliers.
L’ambition dépasse largement le remplissage ponctuel des hôtels. Il s’agit d’ancrer le Royaume dans la cour des destinations internationales majeures, en capitalisant sur la visibilité exceptionnelle offerte par la CAN pour consolider une dynamique déjà spectaculaire.
Les chiffres en témoignent. L’été 2025 a été historique, avec 4,6 millions de visiteurs entre juillet et août, soit une progression de 6% par rapport à 2024. Une performance qui s’inscrit dans une trajectoire ascendante, puisque le Maroc s’achemine vers 19,5 à 20 millions de touristes sur l’année, dépassant de loin l’objectif initial ambitieux de 17,5 millions fixé par la feuille de route 2023-2026.
À cela s’ajoute l’engouement massif pour la compétition, avec plus de 800.000 billets déjà vendus, des guichets clos pour de nombreux matchs et une fréquentation record attendue dans les villes hôtes.
Dans cette dynamique, le directeur général de la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT), Imad Barrakad, a relevé que la CAN 2025 constitue pour le Maroc une opportunité majeure pour renforcer son attractivité touristique, non seulement durant l’événement, mais surtout à travers les investissements qu’il peut générer sur le long terme.
« Pour la SMIT, cet événement offre une vitrine exceptionnelle pour démontrer la capacité du pays à accueillir de grands flux internationaux, à valoriser la qualité de ses infrastructures et à révéler de nouvelles destinations à fort potentiel », a-t-il expliqué.
D’après M. Barrakad, la visibilité mondiale de la CAN agit comme un levier pour attirer des investisseurs, rassurer sur la stabilité du Royaume et mettre en lumière la rentabilité croissante des projets touristiques marocains.
Concernant les priorités mises en avant pour offrir aux supporters une expérience d’hospitalité complète, le DG de la SMIT a rappelé qu’elles ont porté, durant ces trois dernières années, sur la promotion de l’investissement touristique pour renforcer la qualité de l’offre dans l’hébergement, l’animation et la restauration.
Il a, à cet égard, cité le lancement d’expériences ludiques à travers le gaming, la création de restaurants de la gastronomie marocaine, la rénovation de plusieurs centaines d’hôtels, ajoutant que l’objectif n’est pas seulement d’absorber la demande ponctuelle liée à la compétition, mais de créer une dynamique durable dans l’investissement touristique.
« Pour cela, il a été essentiel de combler les déficits et ce, en mettant en place des mécanismes permettant de stimuler les investissements dans ce type d’actifs, et de promouvoir l’implantation de nouveaux concepts pour enrichir l’expérience touristique », a dit M. Barrakad.
Il a souligné que la SMIT joue ici un rôle central, en particulier en matière d’accompagnement des investisseurs, d’apport de l’ingénierie nécessaire et de facilitation de la mise en œuvre de projets à forte valeur ajoutée.
La société, a ajouté M. Barrakad, participe également à structurer des zones d’animation, des parcours culturels et des initiatives urbaines qui amélioreront l’expérience des visiteurs tout en renforçant l’attractivité des villes concernées.
Le syndrome de l’éléphant blanc évité ? La question qui hante tous les organisateurs de grands événements sportifs, et à présent, même les citoyens, est bien connue. Il s’agit de comment éviter que les investissements colossaux consentis ne finissent en friches une fois les visiteurs et les caméras parties. Des stades olympiques désertés aux complexes hôteliers bradés, l’histoire récente ne manque pas d’exemples de ce syndrome de l’éléphant blanc.
Le Maroc semble avoir intégré cette leçon. Pour M. Barrakad, l’enjeu majeur reste la capacité à transformer l’élan généré par la CAN en un véritable héritage touristique.
Il a, à ce titre, indiqué que la SMIT compte capitaliser sur l’exposition internationale du Maroc pour renforcer la diversification des destinations, attirer de nouveaux investisseurs et accélérer la montée en gamme de l’offre touristique.
Les villes qui accueilleront des matchs bénéficieront d’une visibilité nouvelle, permettant d’y lancer ou d’y relancer des projets touristiques structurants, dont des circuits culturels, des produits de nature, des équipements de loisirs ou des resorts urbains.
L’amélioration des infrastructures de transport, la modernisation des équipements, et l’intérêt accru des opérateurs étrangers créent un moment propice à la mobilisation de capitaux et au développement de partenariats public–privé, a fait remarquer M. Barrakad.
Et de soutenir : « En consolidant notre rôle de catalyseur, nous visons ainsi à transformer la réussite de la CAN en une dynamique d’investissement durable. L’événement est pour la SMIT non seulement un succès sportif, mais aussi un accélérateur de transformation touristique, contribuant à positionner le Maroc comme l’une des destinations les plus attractives et compétitives en matière d’investissements touristiques ».
M. Barrakad est aussi revenu sur la feuille de route 2023–2026 du secteur tourisme qui visait initialement 17,5 millions de touristes, faisant part de sa satisfaction de constater que les résultats dépassent largement cette cible et que l’année franchira probablement la barre symbolique des 19,5 ou 20 millions avec l’organisation de cet événement grandiose.
À coup sûr, cette CAN arrive donc au bon moment. Une séquence où le Maroc a déjà prouvé sa capacité à organiser de grands rendez-vous internationaux. Elle s’inscrit pleinement dans une stratégie plus vaste de diplomatie sportive et culturelle qui a pu imposer le Royaume comme référence continentale.
En réussissant ce grand pari, le Maroc démontrera qu’un événement sportif de taille peut effectivement servir d’accélérateur à une transformation sectorielle. Une leçon qui pourrait inspirer d’autres pays du continent.
Pour l’heure, les regards sont tournés vers les pelouses des terrains. Mais c’est bien en coulisses, dans les bureaux des investisseurs notamment, que se jouera une victoire marocaine d’une autre nature de cette CAN 2025.




