OpinionSociété

Ramadan ou l’art de se regarder enfin

Par Reghai Yasmina

Chaque année, il revient avec la même promesse : ralentir. Et chaque année, nous réussissons l’exploit de le transformer en course.
Course aux courses.
Course aux recettes.
Course aux publications pieuses.
Course aux “ramadan vibes”.

Ramadan était censé être un temps de dépouillement.
Il est devenu, parfois, un mois de surenchère. On y parle de spiritualité avec des stories filtrées. On y partage la générosité… en haute définition.
On y mesure la piété à la longueur des invocations postées.

Et pourtant, au cœur du jeûne, il y a une idée radicale :
faire taire le bruit. Le bruit extérieur. Mais surtout le bruit intérieur. Car le vrai manque n’est pas alimentaire. Il est existentiel.

Ramadan ne nous prive pas seulement de nourriture.
Il nous confronte à nous-mêmes.

Yasmina REGHAI
Yasmina REGHAI

À notre impatience.
À notre irritabilité à 17h42.
À notre incapacité à supporter le vide.
Ce mois sacré agit comme un révélateur. Il montre nos élans de bonté… et nos limites.

Il révèle aussi une contradiction subtile : nous voulons la paix intérieure, mais nous restons accrochés à l’agitation.

Et si Ramadan n’était pas un mois pour impressionner Dieu ou les autres, mais un mois pour se réconcilier avec sa propre cohérence ?
Moins d’apparence. Plus d’intention. Moins de performance spirituelle.
Plus de sincérité silencieuse.
Peut-être que la véritable rupture du jeûne n’est pas celle du soir.
Peut-être est-ce celle que nous faisons, un instant, avec notre ego.

Votre chroniqueuse, qui observe chaque année les tables se remplir plus vite que les cœurs ne se vident de leur orgueil, se demande si le véritable jeûne n’est pas celui du regard des autres. Car il est facile d’avoir faim de pain. Il est plus difficile d’avoir faim de vérité.

Et si Ramadan nous dérange, nous bouscule, nous fatigue parfois, c’est peut-être parce qu’il nous invite à une chose simple et terriblement exigeante : devenir un peu plus cohérents que religieux.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page