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Quand la maladie coûte deux fois… et la couverture sociale ne couvre plus grand-chose

Par Reghai Yasmina

Nous cotisons. Nous déclarons. Nous contribuons. Mois après mois, année après année, avec la conviction qu’en cas de coup dur, la solidarité nationale sera au rendez-vous.

Puis arrive la maladie!
Une consultation chez un spécialiste : 300 dirhams.
Un remboursement : 105 dirhams.
Une consultation chez un généraliste facturée entre 200 et 250 dirhams, le remboursement quant á lui est parfois de 50 dirhams.

Des examens, des analyses, des radios, des médicaments. Une facture globale de 1 561 dirhams. Et au bout du parcours, un remboursement de 235 dirhams.
À ce stade, une question mérite d’être posée sans détour : que couvre réellement la couverture sociale ?
Car le sentiment qui domine chez de nombreux assurés n’est plus celui d’être protégés, mais celui de financer un système dont les règles semblent déconnectées de la réalité des soins. Le décalage est frappant. Les tarifs pratiqués par les professionnels de santé évoluent avec l’inflation, les charges, les coûts des équipements et des locaux.

Reghai Yasmina
Reghai Yasmina
Pourtant, les bases de remboursement paraissent figées dans le temps. Comme si l’on remboursait les soins de 2026 avec les références tarifaires d’une autre époque.

Mais l’incompréhension atteint son comble lorsqu’il s’agit des médicaments. Après avoir payé la consultation, il faut encore acheter le traitement. Et là encore, la surprise est souvent amère. Certains médicaments sont partiellement remboursés. D’autres ne le sont pas du tout. Certains génériques sont pris en charge alors que le médicament prescrit ne l’est pas. D’autres traitements pourtant indispensables restent à la charge totale du patient.

Mais on découvre avec stupeur une fois à la pharmacie, que la prescription médicale et le remboursement ne parlent pas toujours le même langage.

Le patient ne choisit pourtant ni sa maladie ni son ordonnance. Il ne décide pas qu’un antibiotique sera remboursé à tel taux, qu’un anti-inflammatoire ne le sera pas ou qu’un traitement chronique bénéficiera d’une prise en charge limitée. Il suit simplement les recommandations de son médecin. Et c’est là que naît un sentiment d’injustice.

Comment expliquer à une famille déjà fragilisée par la maladie qu’elle devra supporter l’essentiel des dépenses malgré des années de cotisations ? Comment convaincre un retraité, un salarié ou une mère de famille que le système fonctionne lorsque le reste à charge devient parfois plus important que le remboursement lui-même ?

La question n’est pas de réclamer un remboursement intégral de tout. Aucun système de santé au monde ne le permet. La véritable question est celle de la cohérence et de la transparence.

Les assurés ont le droit de savoir :

• Sur quelle base exacte sont calculés les remboursements ?
• Pourquoi une consultation à 300 dirhams est-elle remboursée comme si elle en coûtait beaucoup moins ?
• Pourquoi certains médicaments prescrits par des médecins conventionnés ne sont-ils pas pris en charge ?
• Quand les bases de remboursement seront-elles enfin alignées sur les coûts réels des soins ?

Une couverture sociale ne se mesure pas au montant des cotisations prélevées. Elle se mesure au soulagement qu’elle apporte lorsque la maladie frappe.

Aujourd’hui, beaucoup de citoyens ont le sentiment de payer une assurance pour découvrir, au moment où ils en ont le plus besoin, qu’ils sont en réalité leur propre assureur.

Et c’est peut-être cela le plus préoccupant : lorsque la confiance dans le système s’effrite, ce n’est pas seulement le portefeuille qui souffre. C’est le pacte social lui-même qui se fragilise.

Car au fond, derrière chaque dossier de remboursement, il n’y a pas un numéro d’affiliation. Il y a une personne malade qui espère simplement que la solidarité promise ne restera pas une ligne dans un texte de loi, mais une réalité dans son quotidien.

Votre chroniqueuse, qui continue de croire que la santé est un droit et que les remboursements devraient parfois s’en souvenir.

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