
MANAL RMILI
Le Maroc n’a aucune leçon de respect à recevoir. Cette compétition l’a démontré avec éclat, par une organisation maîtrisée, des infrastructures à la hauteur des standards internationaux, un encadrement rigoureux et un sens de l’accueil qui a forcé l’admiration bien au-delà des frontières.
L’équipe nationale, conduite avec sérieux par son sélectionneur, a incarné une image de discipline et d’engagement qui honore le football marocain. Reconnaître cette réussite n’est pas une posture patriotique, c’est un constat objectif, et c’est précisément cette crédibilité qui rend aujourd’hui la parole marocaine légitime, audible et fondée.
Depuis la finale opposant le Maroc au Sénégal, une tentative de disqualification du débat s’est installée, insinuant que l’indignation exprimée relèverait d’un rejet de l’autre ou d’un discours raciste. Cette accusation est non seulement infondée, mais dangereuse, car elle détourne l’attention de l’essentiel. Le Maroc est un pays où vivent, travaillent et s’installent durablement des milliers de ressortissants africains, intégrés au tissu social et économique dans plusieurs villes du Royaume. Cette réalité est visible, quotidienne et assumée. Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est donc ni l’identité ni l’origine, mais le respect des règles et la crédibilité des instances sportives.
La finale a été marquée par une succession de faits qui ne peuvent être balayés d’un revers de main. Des tensions ont précédé la rencontre, des incidents ont émaillé son déroulement, des actes de dégradation ont été signalés, et une situation pour le moins inhabituelle s’est produite lorsqu’une équipe a quitté le terrain avant de revenir poursuivre le match, sans décision immédiate, claire et conforme aux lois du football. À ce niveau de compétition, une telle séquence ne peut être considérée comme anodine. Elle interroge, elle trouble et elle appelle des réponses.
Réduire la réaction marocaine à un seul épisode, en l’occurrence le pénalty manqué par Ibrahim Diaz, joueur marocain de l’équipe nationale, relève d’une simplification commode mais intellectuellement malhonnête. Le pénalty n’est pas le cœur du problème.
Le malaise est né d’un ensemble de décisions contestées, d’une gestion approximative des incidents et d’un manque de fermeté face à des comportements qui auraient exigé une application stricte et immédiate du règlement.
C’est cette accumulation qui a nourri le sentiment que le match s’est déroulé dans un cadre flou, éloigné des principes fondamentaux d’équité et de clarté qui fondent le sport de haut niveau.
Le fait que le Maroc ait finalement obtenu gain de cause sur certains aspects a permis d’apaiser une partie des frustrations et de reconnaître implicitement que les interrogations soulevées n’étaient pas sans fondement.
Mais cet apaisement reste fragile tant qu’une réponse institutionnelle ferme et transparente n’aura pas été apportée. La fédération royale marocaine de football a d’ailleurs déposé une plainte officielle auprès de la FIFA et de la CAF, dans l’objectif de voir les faits examinés selon les règles et les procédures prévues.
Cette exigence de justice a également été exprimée au plus haut niveau de l’État. Le roi du Maroc a pris la parole pour condamner les comportements et les faits survenus lors de la finale de la CAN, les qualifiant d’inadmissibles. Dans son message, il a rappelé que les Africains doivent rester unis et que ces incidents ne sauraient entacher la fraternité et la solidarité entre les peuples africains.
Sanctionner lorsqu’il y a manquement n’est ni une provocation ni une hostilité. C’est un principe élémentaire sans lequel le football perd sa légitimité.
L’absence de sanction nourrit le doute, alimente l’angoisse collective et installe l’idée que certaines transgressions peuvent être tolérées. À l’inverse, une décision claire, proportionnée et conforme aux règlements aurait une portée apaisante et constructive, en rappelant que le football africain ne peut se bâtir durablement sans règles respectées et sans égalité de traitement.
Ce débat ne divise pas, il révèle une exigence. Il ne fragilise pas l’unité africaine, il la renforce en rappelant que la fraternité ne peut exister sans justice. Défendre le respect du droit sportif n’est pas un acte de défiance, c’est un acte de responsabilité. Et c’est précisément cette responsabilité que le peuple marocain attend aujourd’hui, avec calme, fermeté et dignité.




