Société

Casablanca, capitale marocaine des thérapies cognitives et comportementales le temps d’un congrès majeur sur l’avenir de la santé mentale

MANAL RMILI
Alors que les troubles anxieux, la dépression, les addictions, le mal-être psychologique et la souffrance émotionnelle touchent un nombre grandissant de Marocains, Casablanca a accueilli les 15 et 16 mai 2026 un événement scientifique et humain majeur qui témoigne d’une véritable prise de conscience autour de la santé mentale au Maroc.

Organisé à l’Hôtel Marriott par l’Association Marocaine de Thérapie Comportementale et Cognitive (AMTCC), le 26e Congrès annuel de l’association a réuni pendant deux jours des psychiatres, des psychologues cliniciens, des psychothérapeutes, des enseignants universitaires, des médecins résidents, des étudiants ainsi que de nombreux professionnels pratiquant les thérapies cognitives et comportementales (TCC).

Mais derrière ce congrès scientifique, c’est surtout une réalité humaine qui s’est imposée, celle de professionnels marocains engagés, qui consacrent leur temps, leur énergie, leurs moyens financiers et leurs années de formation à améliorer la prise en charge psychologique des patients marocains. Dans un contexte où la santé mentale reste encore insuffisamment comprise et parfois entourée de tabous, cette mobilisation apparaît aujourd’hui essentielle.

Dès l’ouverture du congrès, la forte présence des participants a marqué les esprits. Les salles de conférences étaient remplies de professionnels venus de différentes villes du Royaume, mais également de nombreux jeunes praticiens et étudiants désireux de se former aux approches psychothérapeutiques modernes. Cette affluence témoigne d’un intérêt croissant pour les thérapies cognitives et comportementales, considérées aujourd’hui parmi les approches les plus efficaces dans le traitement des troubles psychiques.

Lors de son mot d’ouverture, la présidente de l’AMTCC, la Professeure Meriem El Yazaji, a rappelé l’importance de développer la formation, la recherche et l’accès aux soins psychologiques au Maroc.

Figure reconnue dans le domaine des TCC, elle joue également un rôle central dans la transmission du savoir à travers le Diplôme Universitaire de Thérapie Cognitive et Comportementale organisé à la Faculté de Médecine et de Pharmacie Hassan II de Casablanca. Cette formation universitaire contribue depuis plusieurs années à former des professionnels marocains capables d’accompagner les patients selon des méthodes scientifiques modernes et reconnues à l’international.

Tout au long du congrès, les interventions ont mis en lumière les grands défis psychologiques auxquels la société marocaine est aujourd’hui confrontée. Les spécialistes ont abordé plusieurs problématiques touchant directement le quotidien des patients, addictions, anxiété, troubles émotionnels, insomnie, trouble bipolaire, souffrance chez les adolescents ou encore accompagnement psychologique des personnes atteintes de maladies chroniques.

Parmi les conférences marquantes, le Professeur A. Dervaux, venu de Paris, a ouvert le débat sur une question essentielle, faut-il privilégier psychothérapie ou pharmacothérapie dans les addictions ? Une réflexion importante dans une époque où les dépendances psychologiques et comportementales deviennent de plus en plus fréquentes.
Le Professeur A. Khoubila a ensuite présenté le protocole unifié pour le traitement transdiagnostique des troubles émotionnels, une approche innovante permettant de traiter plusieurs souffrances psychiques à travers des mécanismes communs.

Le Dr Jamal Chiboub, vice-président de l’AMTCC, est intervenu sur la prise en charge du trouble anxieux généralisé par les TCC, rappelant que l’anxiété chronique touche aujourd’hui de nombreuses personnes et peut avoir des conséquences importantes sur la vie familiale, sociale et professionnelle lorsqu’elle n’est pas accompagnée.

Le congrès a également accordé une place importante aux nouvelles générations de psychothérapies, appelées « TCC de troisième vague », qui connaissent un développement important à travers le monde. Des ateliers spécialisés ont ainsi été consacrés à la thérapie d’acceptation et d’engagement animée par le Professeur C. Rossignol, à la thérapie fondée sur la compassion présentée par le Professeur F. Gheysen, ainsi qu’à la thérapie comportementale dialectique dirigée par Mr P. Cardinal.

Ces approches thérapeutiques modernes ne cherchent plus uniquement à réduire les symptômes psychologiques. Elles apprennent aussi aux patients à mieux gérer leurs émotions, à faire face à la souffrance psychique, à développer l’estime de soi et à reconstruire une relation plus apaisée avec eux-mêmes. Dans une société où beaucoup continuent de souffrir en silence, ces méthodes représentent un véritable espoir.

Le Professeur N. Kadiri a quant à Elle abordé la prise en charge TCC du trouble bipolaire et animé un atelier consacré au traitement de l’insomnie, problématique devenue extrêmement fréquente dans les sociétés modernes. Une autre intervention particulièrement remarquée a été celle du Professeur P. Cousineau autour de la «reconsolidation thérapeutique de la mémoire», une approche innovante permettant de transformer certains schémas émotionnels profondément ancrés chez les patients.

Au-delà des conférences, les ateliers pratiques ont permis aux participants d’échanger directement avec les experts, d’étudier des situations cliniques concrètes et d’approfondir leurs compétences thérapeutiques. Ces espaces d’apprentissage ont particulièrement attiré les jeunes psychologues cliniciens, les étudiants et les praticiens souhaitant renforcer leur formation dans le domaine des TCC.

Car le véritable enjeu de ce congrès dépasse largement le cadre académique. À travers cette mobilisation scientifique, c’est tout l’avenir de la santé mentale au Maroc qui est en train de se construire. Les professionnels présents ont rappelé qu’il ne peut y avoir de société équilibrée sans une véritable prise en charge de la souffrance psychique. Aujourd’hui encore, beaucoup de Marocains hésitent à consulter par peur du regard des autres, par manque d’information ou parce qu’ils ignorent simplement que des solutions thérapeutiques existent.

Pourtant, derrière chaque dépression non traitée, chaque adolescent en détresse émotionnelle, chaque addiction ou chaque anxiété chronique, il y a des vies fragilisées, des familles touchées et parfois des drames silencieux.

Le 26e Congrès de l’AMTCC aura ainsi porté un message fort, la santé mentale n’est ni un luxe ni un sujet secondaire. Elle constitue une nécessité humaine, sociale et médicale. Et grâce à l’engagement de professionnels marocains qui investissent leur savoir, leur temps et leurs ressources pour développer des approches thérapeutiques modernes, le Maroc commence progressivement à bâtir une nouvelle culture du soin psychologique. À Casablanca, pendant deux jours, la santé mentale marocaine n’a pas seulement été discutée dans des conférences scientifiques. Elle a été défendue comme une cause essentielle pour l’avenir de toute une société.

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