
Par Reghai Yasmina
Le Maroc va donc retrouver, après l’été, l’heure GMT sur décision du chef du gouvernement. Une annonce qui, à elle seule, a réussi l’exploit de réconcilier pour quelques heures parents d’élèves, salariés, enseignants, médecins, chauffeurs de taxi et insomniaques chroniques. Car au Maroc, il existe un sujet capable de transcender les clivages politiques, sociaux et générationnels : l’heure légale.
Depuis des années, le changement d’heure est devenu un véritable marronnier national. À chaque approche de l’automne, les réseaux sociaux se transforment en vaste laboratoire de chronobiologie populaire. Chacun y va de son expérience personnelle, de sa théorie scientifique improvisée ou de son anecdote familiale : enfants épuisés, réveils biologiques déréglés, retards répétés, confusion généralisée.
Car derrière les aiguilles que l’on avance ou que l’on recule se cache une réalité bien plus profonde : notre rapport au temps.
Le temps administratif n’est pas toujours le temps humain.

L’être humain n’est pas une machine programmable à volonté. Les spécialistes des rythmes biologiques le rappellent depuis longtemps : l’exposition à la lumière naturelle influence notre sommeil, notre vigilance, notre humeur et même nos performances cognitives. Lorsque le soleil décide de se lever, notre cerveau, lui aussi, se met progressivement en marche. À l’inverse, commencer sa journée dans l’obscurité prolongée peut peser sur l’organisme, particulièrement chez les enfants et les adolescents.
C’est d’ailleurs l’un des arguments les plus souvent avancés par les citoyens qui réclament depuis plusieurs années un retour définitif à l’heure GMT. Derrière cette revendication se dessine une aspiration simple : vivre davantage en harmonie avec le rythme naturel des journées.
Mais cette décision soulève également une question plus symbolique. Pourquoi le débat autour de l’heure suscite-t-il autant de passion au Maroc ?
Et si cette annonce était aussi le signe qu’une écoute citoyenne reste possible ? Depuis plusieurs années, associations, parents, syndicats et simples citoyens n’ont cessé d’exprimer leurs réserves. Leur persévérance semble aujourd’hui avoir trouvé un écho.
Reste désormais une autre question, plus philosophique : une fois nos montres remises à l’heure, saurons-nous remettre nos vies à l’heure, elles aussi ?
Car le véritable décalage n’est peut-être pas celui qui sépare GMT de GMT+1.
Il réside parfois dans ces agendas saturés, ces journées qui défilent sans respiration, ces repas pris à la hâte et ce sentiment permanent de courir après un temps qui nous échappe.
Le philosophe Sénèque écrivait déjà : « Ce n’est pas que nous disposions de peu de temps, mais que nous en perdions beaucoup. »
Changer d’heure est simple. Réapprendre à vivre le temps l’est beaucoup moins.
Et si, pour une fois, le Maroc décidait non seulement de remettre ses horloges à l’heure, mais aussi de redonner du temps au temps ?
Votre chroniqueuse qui n’a jamais réussi à avancer sa montre sans se demander si sa vie suivait le même mouvement.




