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Quand le football devient un dispositif de guerre

Agadir, Lagzouli Mohamed

Depuis plusieurs mois, la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc n’apparaissait pas seulement comme un rendez-vous sportif. Dans certains discours médiatiques, elle est devenue malheureusement un «trop beau» symbole à abattre, un instrument de règlement de comptes politiques, et parfois même un prétexte à une suspicion acharnée et permanente.

Ecouter certaines chroniques et plateaux télévisés juste à côté, «le Maroc ne gagnerait jamais sur le terrain, mais toujours dans les coulisses. Ses succès seraient moins le fruit du travail, de la formation ou de la stratégie que celui d’un prétendu favoritisme institutionnel, d’arbitrages orientés ou de décisions imposées par des forces obscures ». Aucune preuve n’est avancée, aucun document n’est présenté, mais l’accusation suffit à elle seule.
La Confédération africaine de football (CAF), quant à elle, est régulièrement décrite ou jugée comme une organisation sous influence, incapable d’impartialité dès que le Maroc est concerné. Les processus de vote, les cahiers des charges, les critères techniques et logistiques sont rarement mentionnés. Ils sont remplacés par une certitude martelée : « tout serait joué d’avance ».
Plus inquiétant encore, le terrain sportif est vidé de son sens. Les performances marocaines ne sont presque jamais analysées sous l’angle du jeu, de la préparation ou de la gestion des talents, des terrains, de l’infrastructure, et de la sureté quasi parfaite. Elles sont disqualifiées par principe. Gagner devient suspect. Progresser devient une provocation. Et reconnaître la réussite de l’autre devient, dans ce récit, une forme de trahison.

Ce glissement transforme le journalisme sportif en prolongement d’un discours politique dur, où l’émotion l’emporte sur l’information, où les soupçons «non fondées» remplacent les enquêtes (journalistiques et\ou légales), et où le nationalisme tient lieu d’argument. Le football en principe censé rassembler un continent riche en valeurs et histoires (communes), est alors mobilisé pour diviser.

La question n’est pas de nier les rivalités régionales, ni d’interdire la critique. La question est de savoir à quel moment le journalisme cesse d’informer pour simplement conforter un récit politique, au détriment des faits, du public et du sport lui-même.

Pour quand verrons-nous un journalisme qui informe sans de juger, qui analyse sans lancer des accusations non fondées, et qui parlent le football hors de conflits diplomatiques permanents?

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