
CAN 2025 : gagner, avancer, porter un rêve qui ne s’est jamais éteint
MANAL RMILI
La Coupe d’Afrique des Nations occupe une place singulière dans l’histoire du football marocain. Elle ne se résume pas à une compétition continentale parmi d’autres. Elle représente un rêve ancien, transmis, entretenu, parfois douloureusement différé. Depuis des décennies, le Maroc y participe avec la même attente, celle de voir enfin l’équipe nationale aller au bout. À chaque édition, l’espoir se reforme, malgré les échecs passés, malgré les finales manquées, malgré les éliminations qui ont laissé un sentiment d’inachevé. Ce rêve dépasse largement une seule génération. Il concerne ceux qui découvrent aujourd’hui la sélection nationale, comme ceux qui l’accompagnent depuis des années, parfois depuis toujours. Beaucoup ont connu les désillusions, mais continuent pourtant d’encourager l’équipe, même lorsque les résultats ne suivent pas, même lorsque les choix sont discutés, même lorsque le jeu ne convainc pas totalement. Cette fidélité, constante, presque silencieuse, accompagne chaque parcours du Maroc en Coupe d’Afrique.
صور فوز منتخبنا الوطني أمام منتخب تنزانيا 🇹🇿
Snapshot from our victory against Tanzania 📸#DimaMaghrib 🇲🇦 pic.twitter.com/Db6nGCF2jM
— Équipe du Maroc (@EnMaroc) January 4, 2026
La CAN 2025 s’inscrit pleinement dans cette continuité. Elle arrive à un moment où une nouvelle équipe a ravivé l’espoir, non pas par des promesses, mais par ce qu’elle a déjà montré sur le terrain. L’idée que cette génération pourrait aller plus loin s’est installée, progressivement, sans effacer pour autant le poids de l’histoire.
Le huitième de finale face à la Tanzanie illustre bien cette réalité. Le Maroc s’impose sur le score de 1–0 et se qualifie pour la suite de la compétition. Une victoire courte, sans large domination affichée, mais suffisante dans un match à élimination directe, où le moindre détail peut faire basculer une rencontre.
Sur le terrain, le match est disputé. L’engagement est constant, les duels nombreux. Le jeu impose un rythme exigeant, avec des contacts répétés et des séquences qui mettent les corps à l’épreuve. Plusieurs joueurs marocains tombent, encaissent des coups, se relèvent et poursuivent. Le jeu adverse est engagé, sans excès, mais suffisamment intense pour rendre certaines phases difficiles à regarder. Le Maroc répond par l’effort, par la continuité, sans chercher à sortir du cadre du match.
La rencontre n’est pas linéaire, le jeu est parfois haché, parfois plus fluide, alternant des moments de contrôle et d’autres plus fragmentés. L’organisation collective tient, même lorsque la maîtrise n’est pas totale. Le Maroc ne cherche pas à imposer un rythme unique, mais s’adapte à celui de la rencontre, avec une attention constante portée au résultat.
Autour du terrain, le match se vit autrement. Chez les supporters, l’émotion est présente, mais mesurée. On encourage, on observe, on retient parfois son souffle. L’histoire de la CAN a appris la prudence. Chaque victoire est accueillie avec soulagement, mais sans excès, consciente que le chemin est encore long. Cette relation entre l’équipe et son public s’est construite ainsi, entre espoir renouvelé et vigilance permanente. Dans cette compétition, il n’existe pas de hiérarchie figée, il n’y a pas d’équipes plus ou moins « compliquées ». Chaque sélection impose son style, son rythme, ses contraintes, le Maroc le sait. La qualification face à la Tanzanie n’est ni un aboutissement, ni une promesse. Elle est une étape, parmi d’autres, dans un tournoi où chaque match redéfinit les équilibres.
Les propos d’Achraf Hakimi, rappelant que les joueurs entendent les critiques, s’inscrivent dans ce contexte. Ils rappellent une évidence souvent oubliée, le football de haut niveau se joue aussi sous le regard constant du public et des attentes. Les critiques existent, elles accompagnent les performances, et elles font partie du paysage. Sans les commenter, elles sont là, présentes, comme un élément supplémentaire du cadre dans lequel évolue la sélection.
Ce Maroc–Tanzanie ne restera peut-être pas comme un match spectaculaire. Il restera comme un match gagné. Et dans une Coupe d’Afrique où l’essentiel est d’avancer, cette réalité compte. Le Maroc continue son parcours, sans triomphalisme, sans déclaration excessive, mais avec une constance qui répond à l’attente d’un peuple.
La CAN 2025 se poursuit, d’autres rencontres attendent les Lions de l’Atlas, face à d’autres équipes, dans d’autres contextes, avec d’autres exigences. Le rêve, lui, reste intact. Il avance avec l’équipe, porté par des générations entières qui, malgré les frustrations passées, continuent d’y croire, match après match.




