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Quand le fair-play siffle plus fort que les drapeaux

Par yasmina Reghai

Il y a des soirs où le football nous rappelle une vérité simple : l’adrénaline, c’est bien ; l’esprit sportif, c’est mieux. Le tacle assassin de Luis Díaz sur Achraf Hakimi, lors du choc Bayern–PSG, en est devenu la démonstration grandeur nature. Une action laide, sèche, inutile , le genre de geste qui transforme un match de Ligue des Champions en un cours express de ce qu’il ne faut pas faire sur un terrain.

Díaz, qui venait d’inscrire un doublé lumineux, a choisi de plonger dans l’ombre à quelques secondes de la mi-temps. Tacle en retard, pied décollé, cheville d’Hakimi coincée au mauvais endroit au pire moment. L’arbitre sort d’abord le jaune, la VAR le corrige (heureusement), et la sanction tombe : rouge direct. Décision juste, nette, indispensable. Oui, indispensable parce qu’avant d’être un spectacle, le football est un sport, et un sport a besoin de règles pour ne pas virer au cirque romain.

Hakimi, lui, sort en larmes, béquilles en main, avec une blessure sérieuse qui le privera des terrains jusqu’à la mi-décembre. Une nouvelle qui attriste évidemment le public marocain. Mais attention : le sentiment patriotique ne doit jamais faire perdre de vue l’essentiel. L’enjeu n’est pas de défendre notre joueur, mais de défendre le jeu. L’intégrité physique des sportifs n’est pas négociable, que l’on porte un maillot rouge, vert, jaune ou bleu.

Díaz présente des excuses sincères. Son coach le défend maladroitement. Et puis il y a Stanišić, qui sort une blague douteuse digne d’un vestiaire de district : une phrase de trop, au mauvais moment, pour un sujet où l’humour devrait rester sur le banc. Petit rappel : la communication, en football, peut parfois blesser plus qu’un crampon mal maîtrisé.

Yasmina Reghai
Yasmina Reghai
La sanction de l’UEFA : un match, voire trois est logique, proportionnée, nécessaire. Non pour punir un joueur qui n’a pas voulu faire mal, mais pour rappeler qu’un tacle dangereux reste un tacle dangereux, quelles que soient les intentions. Le fair-play n’est pas un slogan : c’est un cadre. Sans lui, il n’y a plus de beauté dans le jeu.

Au final, cette affaire nous renvoie à une responsabilité partagée : joueurs, entraîneurs, supporters. Défendre l’esprit sportif, c’est accepter la décision arbitrale, refuser les petites phrases qui enveniment, et surtout, protéger ceux qui font le football : les joueurs. Hakimi le Marocain, oui. Mais d’abord Hakimi le sportif.

Parce qu’au-dessus des stades, il existe un drapeau que personne ne devrait froisser : celui du fair-play.

Et pendant que les supporters s’égosillent et que les analystes se déchirent, une vérité demeure : le fair-play ne marque peut-être pas de buts, mais il sauve toujours le jeu.
Votre chroniqueuse qui préfère la loyauté aux crampons mal maîtrisés .

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