
Par Sarah Rahal. Rabat (MAP)
À quelques jours du coup d’envoi de la CAN 2025, la mobilité prend le devant de la scène, avec des solutions durables, multimodales et intelligentes pensées pour assurer le bien-être des supporters et la fluidité de leurs déplacements, qu’ils soient marocains ou étrangers. Plus qu’un enjeu logistique, la question de la mobilité s’impose comme un véritable levier de compétitivité urbaine et de modernisation territoriale.
D’ailleurs, le Maroc n’a pas attendu l’imminence de la compétition pour repenser en profondeur ses réseaux de transport. Les chantiers engagés ces dernières années ont accéléré la transformation des villes hôtes en véritables modèles de mobilité durable. Les multiples lignes Tramways, Bus à haut niveau de service (BHNS), la modernisation des axes routiers, l’optimisation des flux autour des stades sont, entre autres, des exemples concrets d’un maillage dense et rationalisé qui émerge progressivement.
L’essor du tramway, notamment à Rabat-Salé et Casablanca, illustre cette stratégie structurante. Dans ce sens, Hicham Kasraoui, expert et consultant en stratégies de développement associé à l’Institut Marocain d’Intelligence Stratégique (IMIS), a souligné que le réseau de Tramway poursuit son extension dans ces villes, totalisant 92 km, avec 45 km supplémentaires en cours d’étude. Cette dynamique logistique permet d’accueillir les supporters lors de la CAN 2025 dans les meilleures conditions et s’inscrit aussi dans une stratégie ambitieuse de développement de l’offre de mobilité urbaine et interurbaine au service des citoyens.
Cette politique infrastructurelle traduit la ferme volonté de faire de cette manifestation continentale un accélérateur et non une parenthèse. En effet, les transports mis en place sont appelés à perdurer, à s’adapter, à se développer et à répondre à la pression démographique, à la transition écologique et aux enjeux économiques des territoires.
En outre, M. Kasraoui a relevé que le Royaume, dans l’objectif de faciliter les déplacements des supporters et des délégations, déploie des solutions opérationnelles, rappelant que dans le cadre du programme national de transport public urbain, plus de 3.800 bus seront mobilisés à l’horizon 2029 pour un investissement global de 11 milliards de dirhams (MMDH).
D’après l’expert, une flotte spéciale de 700 bus haut de gamme assurera des navettes dédiées durant la CAN 2025. Cette offre enrichie de transport permettra d’optimiser les conditions de déplacement des supporters, tout en répondant à la forte demande des habitants des villes hôtes, a-t-il expliqué. Il s’agit aussi d’assurer la rentabilité et la pérennité des services et de développer des activités connexes de maintenance et de maintien en condition opérationnelle des flottes, a ajouté M. Kasraoui.
Mobilité interurbaine : un maillon décisif pour les villes hôtes Au-delà des réseaux urbains, la réussite de la CAN 2025 repose aussi sur la fluidité des déplacements entre les différentes villes hôtes. À ce titre, le Maroc dispose d’un avantage décisif. Selon M. Kasraoui, « le Maroc et ses régions ont la chance de disposer d’infrastructures sportives de premier plan, ce qui fait bénéficier un grand nombre de territoires des retombées économiques de ces manifestations internationales ».
Cette configuration territoriale exige une mobilité interurbaine performante, capable de supporter le flux des supporters et des délégations. « Lors des deux dernières décennies, le Maroc a investi lourdement dans le développement des infrastructures routières, autoroutières, ferroviaires et aériennes », a rappelé l’expert.
Il a noté que cette offre, aujourd’hui jugée « mature et aux standards internationaux », constitue un facteur déterminant pour encourager les déplacements entre les villes hôtes et stimuler le tourisme national durant la compétition.
Ce potentiel ne saurait être pleinement exploité sans une intermodalité fluide. En effet, l’usager international a désormais des attentes élevées en termes de confort, d’accessibilité, de temps de voyage, mais aussi de continuité entre les différents modes de transport.
C’est ce qu’a expliqué M. Kasraoui qui a estimé que la création d’une vraie multimodalité au Maroc nécessite d’adresser trois axes complémentaires. Il s’agit de remettre le parcours voyageur au centre des services, de développer l’interopérabilité entre les systèmes grâce à une digitalisation avancée et d’instaurer une gouvernance transversale entre opérateurs et autorités compétentes.
Pour l’expert, cette gouvernance intégrée aurait pour rôle de prendre les bonnes décisions au bon niveau, dans l’intérêt exclusif de l’expérience voyageur.
Innovation technologique : le digital au cœur de la mobilité L’accueil de la CAN s’accompagne d’une accélération notable de l’innovation dans la mobilité urbaine. L’électrification des bus et le développement de solutions de transport bas-carbone contribuent à aligner les villes marocaines sur les objectifs nationaux de décarbonation. Mais l’innovation ne se limite pas aux véhicules.
La gestion intelligente des réseaux, à travers l’optimisation des itinéraires, la maintenance prédictive, les stations connectées et l’information en temps réel aux passagers, vise à améliorer la qualité du service et l’efficacité opérationnelle. Ces innovations offrent aux usagers un service sécurisé et de qualité, en créant des opportunités économiques pour les startups et entreprises locales actives dans la « Mobility Tech », a fait observer M. Kasraoui.
Les retombées économiques attendues sont significatives. Il s’agit de la stimulation du commerce et du tourisme, de l’amélioration de la compétitivité urbaine, ainsi que de la réduction des pertes liées à la congestion et création d’emplois dans l’exploitation et la maintenance des services de transport.
Enfin, la digitalisation de la mobilité constitue un levier essentiel pour simplifier l’expérience des usagers et favoriser l’intermodalité. Le concept de « Mobilité-as-a-Service » (MaaS) permet d’intégrer différents modes de transport – bus, tramway, vélo ou covoiturage – au sein d’une seule plateforme numérique dédiée à la planification, la réservation et le paiement des trajets.
Cette approche digitale optimise la gestion des opérateurs, réduit la dépendance aux véhicules individuels et améliore la visibilité des flux ainsi que la rationalisation des ressources, a conclu M. Kasraoui.
Avec la CAN 2025, la mobilité marocaine entre dans une nouvelle ère plus durable, plus connectée et plus intégrée. L’événement agit comme catalyseur d’un modèle urbain repensé, où infrastructure, innovation et développement économique se conjuguent pour bâtir des villes plus agiles, plus attractives et mieux préparées au futur.




