Sport

CAN 2025 : quand la défaite cherche des coupables au lieu de réponses

MANAL RMILI

Il y a des compétitions qui dépassent le sport. La Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc, est en train de devenir l’une d’elles. Non pas uniquement par ce qui s’est joué sur le terrain, mais par ce qui s’est dit autour, par les mots prononcés, par les soupçons formulés, par les récits construits dans la défaite. À mesure que le tournoi avançait, une question s’est imposée, sourde et persistante, que reste-t-il de la solidarité humaine quand la pression, la peur de perdre et la frustration prennent le dessus ?

Depuis le début de cette CAN, des déclarations successives ont émergé, venues de différentes sélections, évoquant des faits grave, hostilité supposée, insécurité, maltraitance, organisation défaillante, manque de respect du public et de la population locale. Ces paroles, relayées par la presse et amplifiées par les réseaux sociaux, ont fini par dessiner un tableau sombre, presque inquiétant, du pays hôte. Or, ce tableau contraste profondément avec l’expérience vécue par des milliers de visiteurs, de supporters et de délégations accueillis sur le sol marocain.
Ce décalage interroge. Non pas pour nier les tensions ou les dysfonctionnements possibles, mais pour comprendre pourquoi, face à la défaite ou à l’échec, le récit semble si souvent chercher ailleurs ce qu’il peine à assumer en soi. Quand la performance ne répond pas aux attentes, quand le résultat ne correspond pas au projet, l’environnement devient parfois le lieu où se déposent les angoisses, les colères et les blessures narcissiques. Ce mécanisme n’est pas nouveau dans le sport de haut niveau. Mais lorsqu’il se répète et se durcit, il finit par produire une violence symbolique.

Pour les Marocains, cette violence a été ressentie de manière intime. Le Maroc n’a pas accueilli une CAN depuis des décennies. Cette édition était attendue comme une occasion de partage, de reconnaissance et de réconciliation avec une histoire footballistique longtemps tenue à distance. L’effort collectif déployé, matériel, humain et affectif, ne relevait pas d’une quête de perfection mais d’une volonté sincère de bien faire, d’accueillir et de respecter. L’hospitalité marocaine n’est pas un slogan, elle est une pratique quotidienne, transmise par les mères et par une culture qui valorise l’ouverture à l’étranger et la suspension du jugement.
C’est pourquoi les accusations généralisantes ont laissé une trace confuse. Non pas parce que le Maroc se penserait irréprochable, mais parce qu’il s’est vu assigné à une image qui ne lui ressemble pas. Être désigné comme hostile quand on se vit comme accueillant être soupçonné quand on a ouvert ses portes, être réduit à une caricature quand on a cherché la rencontre, cela crée un choc symbolique. Cette CAN a ainsi révélé aux Marocains quelque chose d’inattendu, la fragilité du lien entre les peuples, même quand ils partagent une histoire, une culture et un continent.

À la veille de la finale entre le Maroc et le Sénégal, deux nations respectées, admirées et aimées par bien au-delà de leurs frontières, l’enjeu dépasse largement le score final. Ce match arrive chargé d’affects, de récits concurrents, de tensions accumulées. Il met à l’épreuve notre capacité collective à rester justes, lucides et humains. Le football africain mérite mieux que la suspicion permanente, il mérite des victoires assumées, des défaites reconnues, et des paroles mesurées.
Cette CAN ne restera peut-être pas comme la plus grande organisation de l’histoire. Mais elle restera comme un moment de vérité. Un moment où le sport a cessé d’être un simple jeu pour devenir un révélateur brutal de nos peurs, de nos projections et de notre difficulté à regarder l’autre sans le transformer en coupable. À l’heure de la finale, une seule question demeure, saurons-nous, au moins une fois, laisser le football unir sans abîmer ce qui nous relie ?

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